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Contrôles rétro

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Un matin, m’est venu une idée de folie : j’allais enfin entreprendre de passer mon permis de conduire.

Ne me demandez pas ce qui m’a pris : l’ennui, peut-être. Tout ce temps libre quand on élève seule un enfant en bas âge, c’est lassant. Après mes cours de yoga, la manucure et les week end au Spa, je ne savais plus quoi faire de ces si nombreux moments qui n’étaient dédiés qu’à ma personne. Un calvaire, vous dis-je.

Et puis, il faut bien admettre qu’à 25 ans révolus, j’éprouvais sans doute le besoin d’enfin m’adonner à une activité totalement nouvelle ; et je ne vous cache pas qu’entre l’apprentissage du mandarin, la peinture sur œufs durs, le fist fucking et le permis de conduire, le choix fut cornélien.

Et après tout si, en plus, avoir le permis pouvait me permettre d’aller acheter des croustibats par mes propres moyens et d’emmener ma bête sauvage de fille s’ébrouer à loisir dans la nature, ce n’était qu’un bonus.



Ladite bête, particulièrement incrédule, m’avait toisée de ses 95 centimètres à l’annonce de mon intention : « Mais, maman, pourquoi tu veux APPRENDRE à conduire ? Tu prends le volant comme ça, avec tes mains, et puis tu le tournes. Voilà. Bon, tu veux que je le fasse ? ».

Aussi tentante soit l’offre, il m’a fallu la décliner, et m’inscrire dans une auto-école digne de ce nom. Après y avoir partagé avec un plaisir mitigé quelques mètres carrés plongés dans la pénombre avec des adolescents rivalisant entre eux dans l’art de la caricature, j’entamais l’apprentissage de la conduite, et me heurtai rapidement à un challenge que je n’avais pas envisagé : rester éveillée au volant.

En effet, exceptionnellement privée de la rafraichissante logorrhée qui m’accompagne normalement 24 heures sur 24 (« Moi maman ma couleur préférée c’est le bleu, mais aussi un peu le rose, mais surtout le bleu, sauf des fois, mais pas le marron parce que le marron c’est du caca ! Alors on en met sur sa tête ! Ah ah ah maman le caca sur la tête, c’est drôle, maman, MAMAN ?! TU M ECOUTES ?! », (Message à l’attention des nombreux enfants de moins de 4 ans qui me lisent assidûment : Non, le caca sur la tête, ce n’est PAS drôle. Surtout à 6 heures du matin.)), le calme de la voiture école rendait d’un coup les 34 695 heures de sommeil en retard beaucoup plus tangibles. Passer une heure entière sans la verve persistante de ma fille, c’était risquer de tomber dans le coma à tout moment. Et au volant, c’est ballot.



Malgré tout, après un modeste total parfaitement honorable de 20, 30, 40, 50 heures de conduite, j’ai finalement obtenu le papier rose, et violemment reçu deux réalités en pleine face : premièrement, je ne savais pas conduire, en fait ; et deuxièmement, il allait me falloir à présent apprendre pour de vrai tout en promenant mon gremlins à l’arrière à chaque trajet.

Mais c’était mettre la charrue avant les bœufs : il fallait tout d’abord acquérir un véhicule, et si la tâche semblait relativement aisée de mon point de vue de spécialiste (« Oh celle-ci à un volant ET des pneus, ça me va ! »), ma fille ne l’entendait pas de cette oreille. Notre voiture serait bleue, ou ne serait pas. (Mais surtout pas marron, parce que marron c’est du caca, caca sur la tête AH AH AH )

Une fois la voiture bleue trouvée, il fallait bien évidemment la décorer. Non, pas d’autocollant, chérie, ça fait craignos. Bon ok, arrête de pleurer, on en met un. D’accord deux mais c’est tout, tu as compris ? Hors de question d’en mettre plus ! J’ai dit non !

Bon, allez, trois.



Pour faire bonne mesure, j’avais bien évidemment eu la brillante idée d’acheter une voiture à 400 bornes de chez moi, de façon à ce que ce soit immédiatement quitte ou double : soit l’enfant passait par la vitre électrique en poussant des hurlements de hyène dès le premier trajet, soit il avait peut-être une chance de survivre sur le long terme à la nouvelle activité de sa mère.

Très vite, un ensemble de fausses bonnes idées se sont présentées à moi de façon violente. Proposer un gâteau sec à son enfant pour passer le temps, pourquoi pas. Une pom’pote non, car ça s’infiltre très bien dans les rainures des vitres, sous les sièges auto, dans les housses des appuis tête ainsi que dans le nez et les oreilles. De même, poser son sac à main négligemment à ses côtés sur la banquette arrière, c’est prendre le risque de contempler dans le rétroviseur sa progéniture sortir délicatement d’une main votre passeport, tout en tenant nonchalamment de l’autre un marqueur fluo bleu.

Mais qu’à cela ne tienne, sérieuse et posée, mes yeux n’ont pas quitté la route pour autant. Je tentai de rester calme, de me concentrer, de tout gérer et de tuer ce petit con de fantôme de moniteur auto-école posé sur mon épaule droite et qui me bassinait avec ses angles morts, tout en surveillant mon nuisible confortablement installé dans le siège Chico.

J’avais vite pris conscience que, bien que pourvue de deux chromosomes X, je n’étais absolument pas multitâche. Mon tendre rejeton s’en étant aperçue elle aussi, elle a rapidement décidé d’en prendre son parti pour se livrer à son activité favorite : me faire transpirer.

« – Maman, pourquoi je connais pas mon papa ?

– Heu écoute chérie, là on arrive à un rond-point, vraiment c’est pas le moment.

– C’est parce qu’il est mort, c’est ça ?

– … putain de connard mets ton clignotant… Oui non chérie il est pas mort mais bordeeeeeel ils vont vite ici, attends écoute on en reparle là je peux pas tu vois.

– D’accord. Alors on parle plus de lui. Mais la mort, c’est comment ? On peut revenir quand on est mort ?

– … attend mais je me suis trompée de route, y a un panneau sens interdit, oh mais je suis où là, merde je me transpire dans les yeux je vois plus rien, écoute mon amour on parlera de la mort une autre fois tu veux bien ?

– Ok.

– Merci.

– …

– …

– Les bébés, ils sortent par où ? ».


Puis, j’ai rapidement appris à mes dépends que montrer à son enfant son désarroi dans des situations critiques, c’était s’exposer à en entendre parler ad vitam eternam. Même devant des gens.

« – Maman, pourquoi tu arrêtes la voiture ? Tu vas réussir à la passer ta marche arrière cette fois, hein ? Hein dis, tu vas y arriver ? Tu vas pas pleurer comme l’autre jour hein, d’accord. Calme toi maman. Tu peux le faire. ».



Et puis, petit à petit, j’ai trouvé mes repères. Au bout de trois jours, j’épluchais des bananes au feu rouge. Au bout d’une semaine, je m’insérais sur l’autoroute en chantant Marie Myriam à tue tête et en boucle pour ne pas lui laisser l’occasion d’en placer une. Au bout de dix jours je découvrais que la musique et les contes classiques lus sur CD étaient ma seule chance de salut.

Et, finalement, qu’est-ce que 5 petites heures de trajet avec la playlist d’Aladdin à fond, après tout. Quand on aime, on ne compte pas.

Mais je ne me plains pas, les musiques Disney sont plutôt agréables au demeurant. En revanche, j’offre dorénavant ma chaine en or, mes identifiants Crédit Agricole et mon corps à qui m’amènera la tête de Marlène Jobert sur une pique.

Et une superbe voiture bleue avec des fleurs, tiens.

Va mettre une culotte

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Dès la naissance de ma fille, tout avait systématiquement été source de craintes, de doutes, d’angoisses et d’appréhensions.

De la diversification, où je risquais évidemment de tuer mon enfant en lui administrant 70 grammes de purée de poire au lieu des 50 scrupuleusement indiqués par la PMI, aux prémices de l’apprentissage du langage durant lequels je pouvais à tout instant bloquer son développement intellectuel par une parole malheureuse, mon esprit torturé ne jouissait d’aucun repos.

Pourtant, il est un domaine qui ne m’effrayait pas : la propreté. C’est vrai, ils finissent tous par être propres naturellement, non ? Et puis, c’est pas très important. Ça vient tout seul, et si ça ne vient pas rapidement, c’est pas grave.

Après tout, ça n’était que des histoires de pipi et de caca, ça ne pouvait pas être bien méchant.


C’est donc avec foi et détachement que je lui présentai ses culottes. Roses, évidemment, pour l’amadouer. Je lui vantai les mérites de cette nouvelle hygiène de vie, et elle sembla convaincue.

Pendant trois jours.

Trois jours parfaits où je me surpris à rêver à cette nouvelle vie qui s’offrait à nous : plus de séances de pleurs et de cris pour le change quatre fois par jour, plus d’horloge à surveiller en permanence pour éviter la fuite catastrophique, plus de sac à dos blindé pour la moindre sortie d’une journée, et peut être même l’ombre d’un vrai départ en vacances sans le stock de 50 couches se profilant à l’horizon.

La perspective d’un trajet en train sans visite au lugubre plan à langer SNCF sur lequel un nourrisson choperait la syphilis, c’était féerique.

Et puis d’un coup, tout s’arrêta. Définitivement.

« –  Mais chérie, pourquoi tu as fait pipi devant la gazinière/le piano/le frigidaire/mes dernières chaussures en cuir à allure décente ? Pourquoi tu ne me dis pas avant ?

–  Avant. ».


Après de longues journées humides à me raccrocher à l’espoir déçu, je me résignai à ressortir les couches. C’est à ce moment précis que je pus constater un bug chez le modèle d’enfant, pourtant parfaitement réussi en apparence, qui m’avait été livré : si aucune culotte ne restait sèche plus d’une demi-heure, en revanche une couche pouvait aisément tenir la journée puisqu’elle la baissait spontanément pour aller sur son pot.

A l’issue de trois revirements consécutifs, pendant lesquels ma fille s’obstinait à ne pisser que dans les culottes et à porter des couches sèches, je finis par me rendre à l’évidence : par profonde compassion, elle tentait de me guérir de ma trop grande tendance au jugement manichéen.

Ou alors elle se foutait de ma gueule.


S’en suivit un long périple, distillant dans l’atmosphère quotidienne une légère odeur d’ammoniaque très conviviale.

Il fallut rapidement établir quelques limites explicites, afin de prévenir l’infanticide :

Tout d’abord, s’il n’est pas formellement exclu de poser quelques secondes au-dessus du pot encore plein une poupée Corolle grand modèle afin de se livrer à une imitation ludico-pédagogique de l’acte, en revanche la circonférence du fessier d’un Playmobil ne peut en aucun cas lui permettre de s’y assoir sans dommages collatéraux relativement gerbants.

Par ailleurs, si faire pipi sur le gazon ça n’embête que les papillons, faire caca sur la terrasse c’est quand même drôlement dégueulasse.


Plus tard, animée d’une bonne volonté n’ayant d’égal que ma détresse, je décidais de l’emmener avec moi aux toilettes pour lui montrer que toutes les grandes filles faisaient pipi sur un pot, et que c’était très bien.

« –  Donc, t’es une très très grande fille, maman ?

– Oui mon amour.

–  Ah ok. Alors c’est pour ça que tu as de très très grandes fesses. ».


Heureusement, le bout du tunnel commence aujourd’hui à se profiler, là,  vraiment tout au bout, très loin, en y croyant très fort. En effet, elle peut à présent prévenir de son besoin, baisser les vêtements qui gênent, et s’accroupir dans l’herbe pour se soulager en toute autonomie.

C’est juste dommage qu’elle rentre ensuite en courant pour s’essuyer avec mon Télé Loisir.

Sois belle et tais toi

Parfois, j’ai la nostalgie de ces premiers mois idylliques passés à promener fièrement la somptueuse poupée adorable que mon brave utérus venait à peine de m’offrir.

Pourtant adepte de l’écharpe de portage, je ne résistais pas à la tentation de l’exposer de temps en temps dans un landau, afin d’éclairer le monde de sa beauté et de son rayonnement (ne me remerciez pas, c’est de bon cœur).  Contrairement à beaucoup de femmes que j’ai pu rencontrer, rien ne me réjouissait plus que les badauds s’arrêtant dans la rue pour admirer ma fille et m’assaillir de banalités accablantes entre deux gazou gazou baveux : « Oh, on oublie vite combien c’est petit au début, quand même! » (non vraiment, mon vagin n’a rien oublié et ne partage pas cet avis, madame), « Elle est gentille ? » (non elle est féroce, selon les statistiques un nouveau-né sur trois essaie d’étrangler ses parents pendant leur sommeil durant son premier mois de vie, véridique !), « Ah, une blonde aux yeux bleus alors que vous êtes brune aux yeux marrons… elle a tout pris de son papa je suppose ! » (Tu supposes mal grognasse, son papa est algérien. Mais je ne te le dis pas pour éviter ton regard qui sous entendra « Et le facteur ? »), « Elle est vraiment mignonne ! » (je SAIS. Je suis sa mère je te rappelle, et ce statut privilégié me confère une facilité inégalée à magnifier tout son être. Elle pourrait être difforme, borgne et lépreuse que je baverais quand même de bonheur devant sa  splendeur) et autres « Profitez-en, ça passe tellement vite ! » (bon ok, je la sortirai de son placard à chaussures une demi-heure de plus par jour pour en profiter un peu, mais c’est bien pour vous faire plaisir).

Malgré tout, me pavaner en exhibant le fruit de mes entrailles restait une activité extrêmement agréable et vivifiante. Ses bouclettes dorées ornant son visage d’ange, ses yeux clairs parés de cils gigantesques ainsi que ses joues potelées faisaient l’unanimité, et c’est le cœur gonflé d’orgueil que j’aurais couvert à ma charge le moindre de ses pets sonores en société pour ne pas  risquer de ternir son aura.

Et puis, un jour, bêtement, j’ai eu une idée stupide. Traitez-moi de conformiste s’il le faut, mais dans un élan de bonne volonté j’ai décidé de lui enseigner le langage. A l’époque, je pensais naïvement que cela faciliterait son insertion dans la société ; je n’avais pas idée que l’effet immédiat serait plutôt de rendre ma propre insertion encore plus ardue qu’auparavant.

C’était sans compter sur l’incroyable talent d’imitation de nos chères têtes blondes, et sur le fait que je suis tout sauf un modèle langagier à suivre au quotidien. Ainsi, une poupée à piles particulièrement bruyante se vit tendrement rebaptisée « Tagueule »  (« Maman, bébé Tagueule est fatigué, faire dodo Tagueule »).  Tagueule étant particulièrement attachant, il n’hésite pas à nous suivre à l’extérieur lors de nos évènements sociaux, ce qui est fort aimable à lui.
Néanmoins, je reconnais au bébé Tagueule le mérite d’occuper ma fille un bon moment, l’empêchant  du même coup de chantonner « Sticks and stones may break my bones but chains and whips excite me » en remuant du popotin avec entrain. Je savais bien que c’était à mes risques et périls que j’avais remplacé le disque de Chantal Goya de la voiture par celui de Rihanna.

Mais dans ces situations, je réussis tout de même à assumer, à tourner en dérision, à faire sourire l’entourage.  Tout se corse lorsque le monstre  me demande de lui mettre une vidéo de bâtard (le roi des éléphants, évidemment) sur Youtube.  Ou lorsqu’elle se brûle le doigt et insiste pour que l’on aille acheter des pansements chez Madame La Chienne (qui tient une pharmacie, donc).  Bizarrement, les boucles blondes, l’air angélique et les yeux azurs ne suffisent plus. Encore moins quand elle déclare aux passagers de l’autobus blindé à l’heure de pointe qu’elle voudrait vraiment bien faire caca là, maintenant, tout de suite.
Mais même en regardant très loin, dans le vague et en sifflotant, il est relativement difficile de prendre un air suffisamment détaché pour faire avaler à l’assistance que cet enfant accroché à notre dos dans un Ergobaby, on vient juste de le trouver là, tiens, par terre, mais qu’on l’avait jamais vu avant promis juré craché.

Cependant, et contre toutes attentes, mon rejeton ne semble pas prendre conscience du potentiel déstabilisant de son expression orale, et n’hésite pas à entamer une conversation avec qui bon lui semble. Elle affectionne tout particulièrement les récits de son cru mettant en scène nos activités quotidiennes, même si cela implique de déclarer très sérieusement à la voisine acariâtre que « Maman, elle m’a tapé ! ». Il va sans dire que la fin de la phrase, à savoir « … dans la main en criant Yoooo ! » lui semble totalement superflue, et que la subjectivité d’une éventuelle  interprétation ne l’effleure même pas.
De même, elle n’est jamais avare de commentaires sur ce monde merveilleux qui l’entoure, et aime à féliciter la sympathique quinquagénaire tirée à quatre épingles assise près de nous dans le train d’un « Très jolies boucles d’oreilles, monsieur ! » particulièrement guilleret. Ou une jeune femme portant le voile, sur laquelle elle s’extasie et déclare « Oh, beau, le même chapeau que Bécassine ! ».
Cette fameuse Bécassine qu’elle a d’ailleurs déjà ouvertement reconnue quelques jours auparavant sur le tableau accroché chez ma tante bonne-sœur ; le fait que ladite Bécassine porte une couronne d’épines et se tienne bizarrement les bras en croix n’a pas semblé la gêner le moins du monde.

Bécassine ou l’apprentissage du multiculturalisme pour les moins de 36 mois. Quand je dis que Chantal Goya était une visionnaire ! Mais il semblerait que l’attrait du personnage tourne à l’obsession dernièrement, il va sans doute falloir doucement la sevrer du DVD du « Mystérieux Voyage de Marie Rose » version 1989. Il me suffira certainement de subtiliser habilement la vidéo et de la remplacer par la version 2009, dans laquelle la pauvre Chantal a l’air d’avoir pris 30 kilos, 50 ans et 80 plaquettes de Xanax ; ça devrait suffire à la dégoûter.

Ou à l’intriguer assez pour qu’elle se taise pendant une petite demi-heure. J’espère.

10 phrases d’allaitante politiquement incorrectes

Un dîner en présence d’autres parents, un forum de mamans, de simples connaissances venues vous rendre visite à la maternité. Autant de raisons d’être susceptible d’aborder le délicat sujet qu’est l’allaitement maternel avec des personnes qu’on ne connait pas plus que ça. Un code scrupuleux s’impose donc. 


1-      « Le lait maternel est le plus adapté à l’enfant, sans comparaison possible avec des préparations artificielles »

La base de l’allaitement, en quelque sorte. La toute première raison qui vient à l’esprit de la future maman documentée. L’information que l’on voudrait croire universelle, et qui pourtant ne l’est pas.

En prononçant cette phrase, on s’expose aux regards furibonds des mères ayant recours au biberon, généralement suivis de l’exposé détaillé des raisons qui ont motivé leur choix. Alors que l’on souhaitait uniquement faire un rappel d’utilité publique, apporter une note scientifique à la conversation, on déchaîne contre nous les culpabilités enragées ou pire encore, des réactions de déni pures (« Ouais mais non, on donne aussi énormément de toxines à son enfant, c’est pas hygiénique je suis désolée. Et puis on peut pas calculer ce qu’il boit, c’est pas bien du tout pour sa croissance »).

En société, il conviendra de dire plutôt : « Évidemment le lait maternel c’est très bien pour l’enfant, mais en définitive tout est question de choix personnel de la maman ».


2-      « L’allaitement est recommandé jusqu’à au moins 2 ans ».

Encore une donnée scientifique, une recommandation de l’OMS. Cette fois, nous avons alors droit à la liste des raisons qui ont motivé le choix des mamans en présence lorsqu’elle ont entrepris de sevrer leur enfant. L’information ne passe pas réellement, notre interlocutrice se sent uniquement jugée dans son rôle de maman : admettre que ce que nous énonçons est une donnée scientifique et non notre avis subjectif lui semble être admettre un échec. Elle nourrit alors de la rancœur, et préfère nous regarder comme étant nous même un parent « trop fusionnel », limite incestueux, d’ailleurs.

En société, il convient de dire plutôt : « Tu prends quel lait de croissance, toi ? » 


3-      « L’allaitement, c’est à la demande ».

Phrase qui ouvre la porte à toute sortes d’anecdotes sur l’aliénation de la femme, le besoin d’indépendance des bébés de 3 mois et les caprices machiavéliques des enfants de 15 jours.

En société, il convient de dire plutôt : « On m’a conseillé de lui donner toutes les 3 heures au début ». 


4-      « Pourquoi tu veux le sevrer ? »

Interrogation toute bête, preuve d’un intérêt sincère pour la personne en face de nous lorsqu’elle évoque ses difficultés à passer son fils de 6 mois au biberon. Pour certaines, vous deviendrez alors la rigolote qui pose des questions aberrantes, puisqu’il « faut bien le faire un jour hein, sinon il tétera toute sa vie ! ». Pour d’autres vous vous retrouverez alors instantanément cataloguée dans la catégorie « Membre de la dangereuse secte des mamunistes et autres droguées aux huiles essentielles qui aiment laver du caca ».

En société, il convient de dire plutôt : « Peut-être que ton lait de suite ne lui convient pas, as-tu pensé à l’épaissir un peu ? » 


5-      « Le sevrage naturel, ce n’est généralement qu’à partir de 2 ans »

A ce stade de la conversation, il y a fort à parier qu’on aura perdu en route une bonne partie de nos interlocuteurs ; lancer l’expression « sevrage naturel » devant un groupe de parents lambda provoque souvent les mêmes expressions faciales que le mot « équation»  devant une classe de terminale L.

Cependant, certains initiés ne manqueront pas de vous reprendre en vous contant l’histoire véridique de leur ami dont l’enfant s’est sevré naturellement à 6 mois et demi, et non cela n’avait absolument rien à voir avec l’introduction des biberons en complément à la même période évidemment. Un véritable choix de l’enfant, vous dit-on.

En société, il convient de dire plutôt : « C’est dingue comme certains bébés peuvent être précoces ». 


6-      « L’allaitement est le prolongement de la grossesse »

Alors que nous évoquons ici une réalité physiologique, les sensibilités peuvent à nouveau se trouver meurtries. Pour d’obscures raisons, il semblerait que ce message se brouille invariablement entre le moment où il sort de notre bouche et celui où il parvient aux oreilles des interlocutrices, pour devenir en chemin « Alors t’as avorté, pouffiasse ? ».

En société, il convient de dire plutôt : « Allaiter c’est très bien, mais c’est tout aussi facile de consolider le lien mère-enfant en donnant un biberon ! » 


7-      « Le manque de lait est, dans la quasi-totalité des cas, inexistant ; le problème n’est qu’un manque cruel d’information »

Il y a fort à parier qu’à ce stade de la conversation, vous soyez définitivement cataloguée comme la chieuse de service, et que vous vous exposiez à nouveau à de fabuleux récits de comment la cousine de la voisine du boulanger a VRAIMENT manqué de lait au bout de 3 semaines et a dû arrêter de donner le sein à contre cœur. S’acharner à prononcer les mots « pics de croissance » reste à vos risques et périls.

En société, il convient de dire plutôt : « Oui j’ai encore du lait, j’ai de la chance ! ». 


8-      « L’allaitement renforce le système immunitaire de l’enfant »

Le signal strident « on me traite de mauvaise mère » risque fort de retentir à nouveau aux oreilles des convives utilisatrices de biberons, qui s’efforceront alors de vous démontrer combien leur enfant est en pleine forme, tout le temps, d’ailleurs il n’est jamais allé voir un médecin si tu veux savoir.

En société, il convient de dire plutôt : « L’allaitement, ça a l’air de convenir à mon bébé». 


9-      « L’allaitement maternel est un facteur de protection contre le cancer du sein »

Le risque encouru est ici de voir l’assemblée pousser les hauts cris, à grand renfort de mention de toutes ces femmes qu’ils connaissent (ou pas) qui ont allaité et qui ont eu malgré tout un cancer du sein. Il sera alors inutile d’évoquer à votre tour toutes ces personnes qui n’ont pas fumé et ont eu un cancer, qui n’ont pas bu et ont eu une maladie du foie, et qui ont fait du sport et mangé sainement et ont été victimes d’une attaque cardiaque, tant la nuance entre « facteur de protection » et « bouclier intersidéral » présente une malheureuse tendance à échapper à l’auditoire.

En société, il convient de dire plutôt : « L’allaitement, ça peut être très épanouissant, mais évidemment chaque femme est différente». 


10-   « L’allaitement améliore le développement cognitif de l’enfant »

Moment tant redouté où les convives vous enchainent au bûcher et hurlent autour de vous en brandissant des fourches. Ou, pour les plus civilisés, vous crient dessus que « Vas y t’as qu’à traiter mon fils de con ! ». Terrain très sensible, donc.

En société, il convient plutôt de fermer sa gueule. 


Ou pas. On peut aussi essayer de diffuser les informations qu’on a été heureuses de trouver lorsque l’on en a eu besoin, affirmer ce qu’on pense et laisser les personnes en face se débattre seules avec leur conscience si besoin.  On peut aussi arrêter de se voiler la face, arrêter de leur voiler la face. Arrêter de ménager les susceptibilités et de contribuer malgré nous à la désinformation croissante et à l’illusion du choix.

R.I.P.

Après à peine quelques mois de bons et loyaux services, le smartphone qui illuminait ma vie a lentement agonisé avant de rendre l’âme. J’ai voulu croire à sa survie lorsqu’une barre noire indélébile est apparue sur toute la longueur de l’écran. J’ai continué à espérer lorsque je ne pouvais plus recevoir de SMS. Je me suis même voilé la face encore un peu lorsque je ne pouvais plus que recevoir des appels mais plus en passer, tant ce téléphone représentait mon seul signe extérieur de pas-trop-pauvreté et qu’il fallait qu’il survive.

Dans son immense bonté, il a fait l’ultime cadeau à ma fille de rendre l’âme pendant notre sommeil ; ainsi, lorsqu’elle m’a sauté sur le ventre en insistant pour commencer sur le champ la journée, n’ayant plus accès à l’heure par faute de téléphone j’ai accédé à sa demande au lieu de la rendormir en estimant qu’il devait surement être 10h passées. Ce n’est qu’une fois dans la cuisine que j’ai pu constater que je m’étais avancée de 4h, pour le plus grand bonheur de mon insomniaque.


Alors peu de temps après, optimiste jusqu’au bout des ongles, je décide de faire valoir ma garantie SFR et d’aller réclamer réparation au SAV. Je m’accroche la naine dans le dos, et nous voilà parties, moi pleine d’espoir de la voir se tenir sagement assise sur son tabouret rouge et sourire aux vendeurs, et elle pleine de chocolat et de crottes de nez.

A l’issue de plusieurs minutes de patience, durant lesquelles ma progéniture se contente de pousser de petits cris surpris à la vue des tablettes tactiles et de me tirer plus ou moins tendrement les cheveux, la vendeuse m’annonce avec son plus grand sourire « Ah madame désolée, mais c’est ma pause à partir de maintenant ! Je vous redirige vers ma collègue juste là-bas, de l’autre côté du magasin. Pardon ? Oui oui, celle qui se trouve juste à l’extrémité d’une file d’attente gigantesque, c’est ça. Je vous souhaite une bonne après-midi ! ».

Je cède donc ainsi contre mon gré ma place dûment méritée à une famille nombreuse et bruyante, puis à un travesti obsédé par les cheveux de ma fille, et enfin à une quadragénaire d’apparence inoffensive mais qui visiblement possède à elle seule quatre portables défectueux dont elle souhaite longuement discuter.

Déjà, mon chimpanzé commence à s’impatienter, il déblatère un peu trop fort dans mon cou des phrases sans queue ni tête où il est question d’un « petit cocodril » qui se fait « changer sa couille » (sa couille Pampers, bien entendu). Sous ses ruades assassines, je peine à garder l’équilibre,  et la fais basculer sur mon ventre ; juste à hauteur pour profiter de sa superbe tendance à accentuer les phonèmes labio dentaux sous le coup de l’énervement (elle me crache à la gueule, donc). Je lui explique que « chuuuut, ma petite chérie d’amour , y en a plus pour longtemps, je serai pas longue promis, allez fais-moi un bisous », et elle me répond que « crotte de bite, maman ! ». Le ton est donné.


Mon tour arrive enfin,  et la vendeuse me pose alors la question fatidique : « Je vous rappelle que les réparations prévues dans votre contrat ne sont à la charge de votre opérateur que dans le cas où vous ne l’avez pas endommagé et qu’il s’agit d’un problème du matériel en lui-même. Votre appareil n’a pas subi de choc ? »

Mon fort intérieur suicidaire a envie de lui hurler « Mais bien sûr que SI, connasse, évidemment qu’il a subi des chocs, tous les jours même, tu vois bien que je suis mère de famille et, entre nous, j’ai une tronche à me faire respecter quand je demande à ce qu’on ne touche pas un truc ? Alors arrête de poser des questions stupides », mais évidemment, je m’étais préparée à mentir éhontément, et lui répond avec mon plus beau sourire « Ah non non, aucun. Le souci technique s’est déclaré comme ça, d’un coup, sans aucun élément perturbateur ».

Elle lève alors le nez de son ordinateur, et remarque le gremlins fulminant qui tente de s’échapper de mon ergobaby en soufflant comme un bœuf. « Vous êtes sûre ? », me demande-t-elle avec un regard appuyé. « Ah oui, complétement », dis-je tout en essayant de maintenir la bête en place à grand coup de promesses de visite au magasin de chocolat. « Non parce que, vous savez, au SAV, s’il y a eu un choc, il arrive qu’ils s’en rendent compte et ça fait perdre du temps à tout le monde, donc si vous vous rappelez de quelque chose autant nous le dire maintenant puisque de toutes façons on ne pourra rien pour vous » insiste l’outrecuidante.   « Come on, maman, come on ! » crie mon gremlins. Je note alors dans les yeux de la vendeuse qu’elle est épatée de voir un si jeune enfant parler deux langues à si bon escient, et elle se radoucit alors.

Nous commençons donc à monter un dossier SAV, mais je sens que malgré tout, la question semble continuer à la tarauder, et elle insiste par trois fois « Vous êtes sûre qu’il n’y a eu aucun choc ? Parce que sinon vous savez, au SAV ils vont vous faire un devis énorme à votre charge, ou vous le renvoyer tel quel hein ». « Oui madame, je suis sûre, si mon portable était tombé, je l’aurais vu ».

 « Puta maman, puta ! » hurle à présent mon chérubin. Je note alors dans les yeux de la vendeuse qu’elle est scandalisée de voir un si jeune enfant parler trois langues à si bon escient, et je n’ai pas le temps de lui traduire qu’en réalité ma fille me crie tout simplement « pousse toi » avec son éternelle patate chaude dans la bouche.


Non, je n’en ai pas le temps. Car ma fille choisi ce moment pour sortir ses bras, tendre innocemment la main vers mon portable gisant sur le comptoir, et le jeter de toutes ses forces au travers du magasin dans un geste d’un naturel désarmant, avant de se tourner vers moi avec son plus beau sourire ; le tout sous le regard médusé d’une douzaine de vendeurs SFR interpellés par le bruit de l’appareil atterrissant violemment au sol de l’autre côté de la boutique, et contemplant à présent la scène d’un air presque aussi horrifié que moi.

La culture, c’est relatif

Le CSA nous recommande de ne pas mettre nos enfants devant la télé avant 3 ans. De leur côté, les pédiatres et les services sociaux s’accordent à dire que ce n’est pas une super idée de secouer son bébé dans tous les sens en lui cognant la tête contre les murs et en hurlant des insultes sataniques lorsque l’on est à bout et qu’on ne sait plus quoi faire de lui.

Etant donné qu’en plus quand on allaite, les antidépresseurs, les calmants, le lsd et autres anxiolytiques sont à proscrire, et que ses idiots de bébés ne savent même pas lire un livre,  il y a parfois des situations où l’on a plus que ses yeux pour pleurer.

De ce fait, en tant que mère indigne (mais allaitante, ça rattrape ! Comment ça, non ?), j’ai pris sur moi de déroger à la règle et d’autoriser quelques minutes de télé, à l’occasion.


Du coup, nous découvrons ensemble les programmes destinés aux tous petits, et bien que j’applique tant bien que mal une sélection, force est de constater qu’il y a certains ratés dans nos choix.


Un dessin animé qui me plait beaucoup à la base, ce sont les Barbapapa. Ludique, sympa, coloré, entrainant, je leur pardonnerais presque leur obsession pour le lait de vache et les biberons qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de fourrer dans le bec de tous les bébés qui croisent leur route.

Cependant, bien que leur ton moralisateur ne soit pas systématiquement déplaisant, je m’interroge encore sur l’intérêt de sensibiliser les très jeunes enfants sur  des phénomènes cruciaux, tels que les dangers du braconnage. Personnellement, j’imagine mal une tribu embusquée de malfaiteurs de  3 ans et demi qui guettent à la jumelle les éléphants pour revendre l’ivoire au marché noir.  Je me dis qu’un sermon sur les risques encourus lorsqu’on court sur le sol glissant de la piscine / descend les escaliers sur une jambe en reculant / mange un clou rouillé aurait peut-être été plus judicieux et profitable à court terme.

Mais soit, c’est un vieux dessin animé, peut être que dans les années 70 les bambins avaient des fusils, tout comme les lapins

(Attention, une référence culturelle de haut niveau s’est subrepticement glissée dans cette phrase).

Au-delà de tout ça, en découvrant les Barbapapas avec ma fille, mon âme de prof s’était immédiatement enflammée :  « mais c’est super, en voilà une occasion rêvée pour apprendre les couleurs ! ».

Un an plus tard, ma fille est en effet capable de différencier entre eux les Barbapapas, et de les désigner par… leurs prénoms.  Sachant qu’ils ont à peu près tous la même forme et que leur seul élément distinctif est leur couleur, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’elle se fout de ma gueule.

Je sens que ça va être facile, à l’école : lorsqu’elle demandera à la maîtresse de lui prêter un crayon barbidur ou pourquoi le ciel est tout barbibul, il suffira au personnel encadrant de se référer aux personnages du dessin animé pour trouver la couleur correspondante.  Au pire je lui laisserai en permanence un récapitulatif des différents barbapapas dans sa poche, c’est simplement une question d’organisation.


Mais heureusement, jusqu’ici, et j’espère pour de nombreuses années encore,  j’ai réussi à lui éviter Dora. J’y suis tout particulièrement réticente depuis que j’ai pu constater les dommages cérébraux occasionnés par ce programme, notamment chez une amie à moi qui lors de sa quatrième année de licence (oui, elle avait bien aimé, alors elle y restait) arrivait régulièrement en retard à la fac, l’œil hagard et les cheveux à peine peigné, parce que « Cette salope de Dora s’était encore perdue dans la forêt, putain !!! ».

Intriguée, j’ai voulu m’y intéresser moi aussi, et hormis le fait qu’à chaque fois que Dora me demande où est le grand poulet rouge je ne peux m’empêcher de lui répondre « DANS TON CUL », il me semble parfaitement anti-pédagogique la façon dont une réponse de l’enfant est sollicitée, et ensuite systématiquement applaudie alors que bordel, comment elle le sait Dora que le chiard a bien répondu ?!

Je vois déjà les justifications qu’avancent sans nul doute les scénaristes : il est bien évidemment in-ac-ce-pta-ble que le parent laisse l’enfant seul et sans défense devant la lucarne, voyons ! Le dit parent se chargera donc lui-même de rectifier la phrase de l’enfant dans un premier temps s’il venait à donner une réponse erronée. La télé  oui, mais encadrée.

Sauf que non, en fait, ça marche pas vraiment comme ça. Souvent le parent, émerveillé du calme soudain que provoque l’écran sur son enfant d’ordinaire relativement hystérique, profitera de ces quelques instants de répit pour s’adonner  en solitaire à des activités épanouissantes tant sur le plan personnel qu’intellectuel, telles que plier le linge ou remplir le lave-vaisselle.

De cette façon, cette pouffiasse de Dora pourra à loisir s’écrier avec un entrain (qui n’est pas sans rappeler Julien Lepers lors d’un orgasme culturel) « Bravooo ! Tu as GAGNE !! You WON !!! » alors qu’à la question « quel est le plus court chemin pour rejoindre la ferme », le nain aura répondu « crotte de nez ». Laissant ce dernier perplexe, et un tantinet destabilisé.

De toutes façons, ma fille n’a nullement besoin de Dora pour apprendre l’anglais. Rihanna et Britney Spears s’en sont déjà chargées, et elle peut déclarer avec un accent parfait que « na na na na na come on, come on », « If I say I want your body now »,  ou encore « oh mama, mama, I just shot a man down ». C’est amplement suffisant pour un début.


Mais il en est un que je n’ai pas su éviter à temps. Le grand père est passé avant moi, armé de son vil Dailymotion, et ma fille est à présent  totalement droguée à Didou.

Didou, le seul lapin dont la tête est dessinée à la règle, donc. Il a dû avoir un accident de ski petit, je sais pas, mais en tout cas lorsqu’un personnage avec une tronche pareille m’annonce qu’il va m’apprendre à dessiner, ça m’inspire pas vraiment confiance.

Pourtant, il y met de la bonne volonté. Il nous explique que tout ce qu’il va nous apprendre à dessiner, c’est hyper simplifié : c’est que des courbes et des traits ! Un peu comme tous les dessins, en fait, quoi. Mais passons.

Une fois que Didou a terminé son dessin (que l’enfant attend patiemment que sa maman reproduise elle aussi après l’épisode, alors qu’elle en est juste incapable, en fait, puisque Didou n’est rien qu’un gros menteur et qu’il faut un master en histoire de l’art pour refaire cette putain d’autruche), il le colorie. Et alors là, difficile de dire ce qui lui passe par la tête, mais alors qu’il s’en était tenu à une approche relativement réaliste dans son illustration, Didou se met a colorier les chats en bleu et les autruches en vert. Une fois, il a réussir à faire l’écureuil en marron, j’en aurais pleuré de joie.  Un réel progrès, même si au niveau des échelles il y a encore du chemin à faire, puisque l’écureuil en question mesurait à peu près la même taille que Yoko la coccinelle.

Mais ce qui a le don de m’exaspérer, c’est la nonchalance avec laquelle Didou et son acolyte balancent leurs feutres partout par terre au fur et à mesure de leur coloriage. Excellent exemple, que ma fille s’empresse évidemment d’imiter dès que l’occasion se présente, pour mon plus grand bonheur.


Oui, sur ce blog, j’aime m’interroger sur de vrais problèmes de société.

Rappelle moi ton âge?

Mon état de fatigue a toujours été directement proportionnel à ma capacité à faire appel à ma mémoire à long terme.  Sachant que depuis une semaine je fredonne nerveusement l’intégralité d’un cantique datant de ma décadente période d’enfant de chœur, et que chaque couplet m’est revenu à l’esprit à la virgule près, je suis très inquiète pour ma santé.

La principale coupable de mon état, en revanche, n’en a cure. Elle continue à courir dans toute la maison en sautant sur les meubles et en criant « crotte de nez ! », alors que sa mère, athée au demeurant, récite machinalement des psaumes dans un état second.


Pourtant, je suis moi-même à blâmer, car je nous ai crues au-dessus des normes. Je me revois, il y a six mois, lisant des articles et des témoignages sur la crise des deux ans en me gaussant. Bien évidemment, ça ne nous arriverait pas, voyons. Pas à nous. Les crises connues ne sont pas une fatalité, on peut très bien les éviter, c’est le contexte qui les accentue : il me suffirait donc simplement de redoubler d’attention et d’ingéniosité à l’approche de l’âge fatidique, et nous passerions bravement entre les mailles du filet. D’ailleurs, ma propre mère m’a bien dit que je n’avais pas fait de crise des deux ans, moi (Bon, sa phrase exacte a été « Non, pas de crise des 2 ans, toi tu t’es contentée d’une grosse crise qui a duré de 18 mois à 20 ans », mais quand même).

Mais voilà qu’à l’aube de ses 22 mois, mon doux bébé auparavant (presque) docile, a soudainement pris conscience que bon, hein, elle est bien sympa l’autre grognasse qui me sert de mère, mais il est grand temps qu’elle comprenne qui c’est qui commande ici.


Tout a commencé lorsqu’elle a voulu affirmer ses goûts, de façon un peu brutale. Mais ça restait presque craquant de la voir bouder derrière le canapé parce que son manteau n’était pas beau, et qu’il fallait en mettre un autre sinon elle ne voulait pas sortir. J’accédais alors à ses demandes le sourire aux lèvres, et le cœur gonflé de fierté, il faut bien l’avouer (« Regardez ma fille comment elle sait trop bien défendre ses idées, ah c’est pas n’importe qui ça madame !  Une future winneuse !»). Jusque-là, tout était attendrissant. Ça s’est corsé lorsqu’il a fallu revoir MA garde-robe.

La première fois qu’elle s’est opposée à ce que je porte mon jean noir, j’ai été prise de court. Alors instinctivement, j’ai souri, et accepté.  J’ai même marché toute une journée sur des plateforme shoes de 15 centimètres parce qu’elle les avait dénichées au fin fond du placard et les trouvaient absolument splen-di-des. Mais au bout d’une semaine à entendre « pas beau le palon !» alors que je tentais vainement d’enfiler chaque matin mon jean préféré hors de sa vue, ça devenait plus compliqué. J’ai donc essayé d’expliquer avec diplomatie que oui ma puce, c’est vrai qu’il est pas très beau le palon, il est même carrément tout pourri, mais tu vois les fesses de maman ont particulièrement profité de la cuisine bretonne des  dernières vacances, et c’est le seul dans lequel elles trouvent encore la place à se mouvoir à peu près naturellement, alors il va falloir que je le mette quand même chérie.

Mais mon bourreau n’a pas de pitié. Elle s’est jetée sur moi pour me l’enlever, et lorsqu’elle a constaté que j’étais plus forte qu’elle (plus que pour quelques mois, je pense, d’ailleurs) elle s’en est prise au reste de ma penderie, arrachant des cintres diaboliquement tous les « palons » pas beaux (et, croyez moi, ils sont nombreux), avant de passer ensuite sa journée à me dire combien j’étais « pas zolie maman, non non non maman, pas zolie » et a refuser de me faire des bisous.

Je suis faible. Je vends donc un jean noir, coupe droite, taille 36, très peu porté. Et des plateformes shoes aussi, mais elles sont à venir chercher chez moi de nuit, discrètement, pendant qu’elle dort. Pitié.


Puis, elle a perdu son humour. Au cas où vous poseriez la question, si par mégarde à la sempiternelle question « Elle est où Maman ? » on s’oublie et se risque à un malencontreux « Dans ton cul », l’enfant pleure. Et la deuxième fois aussi.

Cependant, il y a fort à parier que si on lui donne la véritable réponse, à savoir « Maman est planquée sous la putain de couverture sans bouger ni respirer, à prier que tu l’oublies et te rendormes parce qu’il est 6h17 », il pleure aussi.

Elle a ensuite voulu affirmer son propre humour, en commençant par le classique pet sonore suivi du facétieux « Prout !!! C’est maman prout ! ». Devant ses boucles blondes et ses yeux angéliques, aucun invité ne met en doute qu’effectivement, c’est sa maman qui a du péter, comment une si charmante enfant pourrait-elle mentir  et émettre un gaz si odorant?

J’envisage de l’envoyer faire un stage auprès de Bigard ; un tel potentiel scato si jeune, faudrait pas gâcher, quand même.


Il devient également dangereux de lui apprendre de nouvelles compétences, à présent.

Dernièrement, elle a découvert comment décortiquer des noisettes. Depuis, chaque soir, je lui enfourne tendrement dans le bec de la purée de brocolis tandis qu’elle lance amoureusement dans ma bouche des noisettes fraichement décortiquées pour que je survive sans me dénutrir jusqu’à son coucher. Jusqu’à hier, où elle s’est aperçue que ce serait vachement plus marrant, maintenant que j’ai pleine confiance en elle et lui offre mon gosier grand ouvert, d’y  jeter plutôt les coques. Et de me regarder m’étouffer.


Elle a également appris à trinquer, lors d’un apéritif entre ami. Activité qui lui a paru très amusante. A moi, beaucoup moins, quand quelques jours plus tard elle a empoigné un de mes seins dans chaque main et les a violement entrechoqués en criant « Tchin tchin tétée !!! ».


Et puis, il y a ce nouveau regard, aussi. Celui qu’elle me lance rouge de colère, le cheveu hirsute, le nez qui coule, et qui dit « Je reconnais ta supériorité physique actuelle pour m’empêcher de sauter du haut du buffet / manger un clou / me mettre du déodorant Bourgeois dans l’œil. Mais crois-moi, je n’oublie rien, et un jour il suffira d’une seconde d’inattention de ta part, d’un seul moment de faiblesse, et j’arriverai à mes fins. C’est moi le chef de meute, et tu vas rapidement devoir te soumettre.». Un peu comme le jour où j’ai refusé qu’elle porte à la bouche le nez en polystyrène du stickers Hello Kitty géant qui décore son armoire. Après avoir hurlé, pleuré, reniflé, collé de la morve par terre en se roulant sur le sol, s’être cogné la tête contre les murs, arraché les cheveux et mordu la langue, elle a repris ses esprits et m’a lancé The Look.  Un vent glacial a parcouru mon échine, la chair de poule a envahi mes bras, puis la vie a repris son cours.

Jusqu’au lendemain matin, où, en émergeant, je remarquai que la Kitty en face de moi avait un air légèrement différent, sans que je sache vraiment dire pourquoi ; et que ma fille se lève à son tour pour me cracher à la tronche les restes du nez du stickers, qu’elle s’était levée pour bouffer pendant mon sommeil. Ainsi que son oreille droite.


Depuis, je chante la messe. Même la nuit.

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