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Archives de Catégorie: Chieuse

La culture, c’est relatif

Le CSA nous recommande de ne pas mettre nos enfants devant la télé avant 3 ans. De leur côté, les pédiatres et les services sociaux s’accordent à dire que ce n’est pas une super idée de secouer son bébé dans tous les sens en lui cognant la tête contre les murs et en hurlant des insultes sataniques lorsque l’on est à bout et qu’on ne sait plus quoi faire de lui.

Etant donné qu’en plus quand on allaite, les antidépresseurs, les calmants, le lsd et autres anxiolytiques sont à proscrire, et que ses idiots de bébés ne savent même pas lire un livre,  il y a parfois des situations où l’on a plus que ses yeux pour pleurer.

De ce fait, en tant que mère indigne (mais allaitante, ça rattrape ! Comment ça, non ?), j’ai pris sur moi de déroger à la règle et d’autoriser quelques minutes de télé, à l’occasion.


Du coup, nous découvrons ensemble les programmes destinés aux tous petits, et bien que j’applique tant bien que mal une sélection, force est de constater qu’il y a certains ratés dans nos choix.


Un dessin animé qui me plait beaucoup à la base, ce sont les Barbapapa. Ludique, sympa, coloré, entrainant, je leur pardonnerais presque leur obsession pour le lait de vache et les biberons qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de fourrer dans le bec de tous les bébés qui croisent leur route.

Cependant, bien que leur ton moralisateur ne soit pas systématiquement déplaisant, je m’interroge encore sur l’intérêt de sensibiliser les très jeunes enfants sur  des phénomènes cruciaux, tels que les dangers du braconnage. Personnellement, j’imagine mal une tribu embusquée de malfaiteurs de  3 ans et demi qui guettent à la jumelle les éléphants pour revendre l’ivoire au marché noir.  Je me dis qu’un sermon sur les risques encourus lorsqu’on court sur le sol glissant de la piscine / descend les escaliers sur une jambe en reculant / mange un clou rouillé aurait peut-être été plus judicieux et profitable à court terme.

Mais soit, c’est un vieux dessin animé, peut être que dans les années 70 les bambins avaient des fusils, tout comme les lapins

(Attention, une référence culturelle de haut niveau s’est subrepticement glissée dans cette phrase).

Au-delà de tout ça, en découvrant les Barbapapas avec ma fille, mon âme de prof s’était immédiatement enflammée :  « mais c’est super, en voilà une occasion rêvée pour apprendre les couleurs ! ».

Un an plus tard, ma fille est en effet capable de différencier entre eux les Barbapapas, et de les désigner par… leurs prénoms.  Sachant qu’ils ont à peu près tous la même forme et que leur seul élément distinctif est leur couleur, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’elle se fout de ma gueule.

Je sens que ça va être facile, à l’école : lorsqu’elle demandera à la maîtresse de lui prêter un crayon barbidur ou pourquoi le ciel est tout barbibul, il suffira au personnel encadrant de se référer aux personnages du dessin animé pour trouver la couleur correspondante.  Au pire je lui laisserai en permanence un récapitulatif des différents barbapapas dans sa poche, c’est simplement une question d’organisation.


Mais heureusement, jusqu’ici, et j’espère pour de nombreuses années encore,  j’ai réussi à lui éviter Dora. J’y suis tout particulièrement réticente depuis que j’ai pu constater les dommages cérébraux occasionnés par ce programme, notamment chez une amie à moi qui lors de sa quatrième année de licence (oui, elle avait bien aimé, alors elle y restait) arrivait régulièrement en retard à la fac, l’œil hagard et les cheveux à peine peigné, parce que « Cette salope de Dora s’était encore perdue dans la forêt, putain !!! ».

Intriguée, j’ai voulu m’y intéresser moi aussi, et hormis le fait qu’à chaque fois que Dora me demande où est le grand poulet rouge je ne peux m’empêcher de lui répondre « DANS TON CUL », il me semble parfaitement anti-pédagogique la façon dont une réponse de l’enfant est sollicitée, et ensuite systématiquement applaudie alors que bordel, comment elle le sait Dora que le chiard a bien répondu ?!

Je vois déjà les justifications qu’avancent sans nul doute les scénaristes : il est bien évidemment in-ac-ce-pta-ble que le parent laisse l’enfant seul et sans défense devant la lucarne, voyons ! Le dit parent se chargera donc lui-même de rectifier la phrase de l’enfant dans un premier temps s’il venait à donner une réponse erronée. La télé  oui, mais encadrée.

Sauf que non, en fait, ça marche pas vraiment comme ça. Souvent le parent, émerveillé du calme soudain que provoque l’écran sur son enfant d’ordinaire relativement hystérique, profitera de ces quelques instants de répit pour s’adonner  en solitaire à des activités épanouissantes tant sur le plan personnel qu’intellectuel, telles que plier le linge ou remplir le lave-vaisselle.

De cette façon, cette pouffiasse de Dora pourra à loisir s’écrier avec un entrain (qui n’est pas sans rappeler Julien Lepers lors d’un orgasme culturel) « Bravooo ! Tu as GAGNE !! You WON !!! » alors qu’à la question « quel est le plus court chemin pour rejoindre la ferme », le nain aura répondu « crotte de nez ». Laissant ce dernier perplexe, et un tantinet destabilisé.

De toutes façons, ma fille n’a nullement besoin de Dora pour apprendre l’anglais. Rihanna et Britney Spears s’en sont déjà chargées, et elle peut déclarer avec un accent parfait que « na na na na na come on, come on », « If I say I want your body now »,  ou encore « oh mama, mama, I just shot a man down ». C’est amplement suffisant pour un début.


Mais il en est un que je n’ai pas su éviter à temps. Le grand père est passé avant moi, armé de son vil Dailymotion, et ma fille est à présent  totalement droguée à Didou.

Didou, le seul lapin dont la tête est dessinée à la règle, donc. Il a dû avoir un accident de ski petit, je sais pas, mais en tout cas lorsqu’un personnage avec une tronche pareille m’annonce qu’il va m’apprendre à dessiner, ça m’inspire pas vraiment confiance.

Pourtant, il y met de la bonne volonté. Il nous explique que tout ce qu’il va nous apprendre à dessiner, c’est hyper simplifié : c’est que des courbes et des traits ! Un peu comme tous les dessins, en fait, quoi. Mais passons.

Une fois que Didou a terminé son dessin (que l’enfant attend patiemment que sa maman reproduise elle aussi après l’épisode, alors qu’elle en est juste incapable, en fait, puisque Didou n’est rien qu’un gros menteur et qu’il faut un master en histoire de l’art pour refaire cette putain d’autruche), il le colorie. Et alors là, difficile de dire ce qui lui passe par la tête, mais alors qu’il s’en était tenu à une approche relativement réaliste dans son illustration, Didou se met a colorier les chats en bleu et les autruches en vert. Une fois, il a réussir à faire l’écureuil en marron, j’en aurais pleuré de joie.  Un réel progrès, même si au niveau des échelles il y a encore du chemin à faire, puisque l’écureuil en question mesurait à peu près la même taille que Yoko la coccinelle.

Mais ce qui a le don de m’exaspérer, c’est la nonchalance avec laquelle Didou et son acolyte balancent leurs feutres partout par terre au fur et à mesure de leur coloriage. Excellent exemple, que ma fille s’empresse évidemment d’imiter dès que l’occasion se présente, pour mon plus grand bonheur.


Oui, sur ce blog, j’aime m’interroger sur de vrais problèmes de société.

Sémantique

J’aime les mots. Leurs sonorités, leurs accords, leur complexité, leurs nuances  et leur impact. J’aime que les mots soient parfaits. En secret, je suis folle amoureuse de Flaubert, cet obsédé du mot parfait, assoiffé de phrases irremplaçables où tout est calculé, repensé, raturé, réécrit et ajusté.

(Mais ça reste entre nous hein, j’assume assez mal de fantasmer sur un mec qui s’appellait Gustave).

Alors parfois, quand j’entends ou lis certaines expressions, ça me heurte ; peut-être plus que de raison. Des mots que je trouve inadaptés, dérangeants, que je rechigne à employer.



C’est le cas par exemple du « lait maternisé ». Bon au moins, celui-là, il n’a pas du énerver que moi puisqu’il a tout simplement fini par être interdit. Mais cela reste une maigre satisfaction, étant donné qu’en définitive rares sont les gens à avoir eu connaissance de ce changement de dénomination, et encore plus rares sont ceux à l’avoir banni de leur langage. Alors, certes, on s’en fout un peu de comment on appelle un produit généralement. Mais quand on déclare littéralement, par une simple appellation, que ce produit a été « modifié de façon à obtenir les caractéristiques d’un lait de femme », alors on participe à la désinformation par le seul choix de son vocabulaire.


Il y a également le verbe « accoucher ». Pas tellement au sens d’une femme mettant au monde son enfant (quoique, si l’on veut être tatillon étymologiquement parlant…), mais au sens du soignant qui aide la femme à mettre au monde son enfant. A chaque fois que je m’entends dire « Moi, c’est le docteur Bidule qui m’a accouchée », je ne peux m’empêcher d’avoir une vision effroyable d’un médecin sous perf, livide et à l’œil hagard, qui transpire devant l’effort intense qu’il prodigue au bout de la table d’accouchement sur laquelle ma copine, en position gynéco, sirote un mojito une manette de PS3 à la main et soupire « C’est pas bientôt fini là ? Je m’emmerde un peu, en plus vous avez même pas GTA ! » .


Dans mes allergies sémantiques chroniques, on retrouve également « Sage-femme », pour un homme. A l’heure où les associations féministes réclament une féminisation de termes professionnels jusqu’ici exclusivement masculins, personne ne semble visiblement s’inquiéter de ce trou incongru dans notre vocabulaire. « Un sage-femme » me paraît être une aberration ; je me mets à la place de cet homme qui, à chaque fois qu’il  prononce le nom de son métier, s’entend implicitement rappeler qu’il n’a pas grand-chose à faire dans cette voie à cause de ses testicules. Wikipedia m’informe que souvent, du coup, on emploiera le terme « accoucheur ».

Beurp.


Mais la palme revient tout de même au très fashion « biberonnante ».  Le plus gros de cette farce déguisée en mot, c’est tout de même (comme me l’a à juste titre rappelé une amie récemment), qu’à la base le mot « biberonner » veut tout simplement dire « picoler comme un trou ». A la lumière de cette expression, il devient tout de suite plus difficile de réprimer un fou rire devant toutes les femmes qui s’affirment aujourd’hui « biberonnantes, et fières de l’être ! ».

Pourtant, au-delà de ce côté cocasse, je suis prête à admettre que l’expression de base date un peu et tombe en désuétude, et que dans un contexte actuel le mot correspond à une nouvelle réalité  (non je déconne, je dis ça juste pour pas avoir l’air trop rétrograde). Mais alors, ce que je ne comprends pas, c’est quelle réalité ? Quel besoin de créer un mot pour désigner une maman qui utilise des biberons, aujourd’hui ? Difficile de se voiler la face, ce terme de plus en plus usité répond tout simplement à un désir de s’opposer aux « allaitantes ». Cependant, si le terme « allaitante » existe bien, il trouve sa légitimité dans le fait qu’une mère est elle-même changée d’un point de vue corporel (et hormonal, et j’en passe et des meilleures) par le fait d’allaiter. Elle est plus qu’une « maman qui allaite », elle est physiquement différente. Une mère allaitante qui passe la journée à Euro Disney sans son bébé (non, n’y voyiez là aucun désir refoulé de ma part…) se verra contrainte de tirer son lait régulièrement pour éviter l’explosion de sa poitrine au nez et à la barbe de Tic et Tac. Si une maman qui utilise du lait artificiel passe la journée à Euro Disney sans son bébé, je l’imagine mal se trainer tout de même son sac à bib dans le train fantôme et courir à la nurserie toutes les 4 heures pour mettre de l’eau dans sa poudre, la chauffer et ensuite consciencieusement la jeter dans l’évier.


Alors bon, évidemment, tout ça s’inscrit dans un champ lexical particulier, et on va finir par croire que je suis monomaniaque. C’est pas faux. Mais, surtout, faut bien que je fasse des efforts pour rentrer dans ma case, quand même…

Allez promis, une prochaine fois j’ouvre un peu mon champ de réflexion, et je vous parle des paquets de serviettes hygiéniques  sur lesquels les publicitaires croient bon de mentionner « forme anatomique ». C’est certains que c’est plus pratique que si les serviettes étaient en forme de cafetière, mais ça fait quand même un peu peur qu’ils se soient sentis obligés de le préciser.

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