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Archives de Catégorie: De l’amour et autres pathologies

En avant toute !

            Ça y est, je suis prête. Je suis sortie de ma torpeur post-partum, de mes angoisses, de mes principes. Des préoccupations purement matérielles qui excluaient purement et simplement toute rencontre affective, et plus si affinités, avec l’autre sexe.

Le doute n’est plus permis, après 18 mois de refus, de dégoûts, de peurs, d’incertitudes et de frustrations, je suis clairement en mesure de reprendre enfin une vie amoureuse.

            D’ailleurs, je me projette souvent dans cet avenir proche. Je pense au moment où je le rencontrerai. Ça aurait pu être sur mon lieu de travail, si je ne bossais pas chez moi. Ou lors d’un des nombreux apéro dînatoires et autres garden party auxquels les amis que je n’ai pas ne manquent pas de ne jamais m’inviter. Mais ça pourrait être à ma salle de sport, par exemple. Si un jour je fais du sport, cela s’entend.

Disons plutôt au parc. En admettant qu’un père lui-même célibataire se trouve à ce moment là dans ledit parc. Et que ma fille n’enfonce pas violemment les doigts dans les yeux de son fils avant que j’aie pu tenter toute manœuvre d’approche. Au mieux, il faudrait que je me trouve au parc, mais sans ma fille. Mais ça devient un peu glauque.

Mais toujours moins désespéré que les sites de rencontres online, en y réfléchissant. Et si je ressortais un ex ? C’est bien ça, un ex. C’est facile, rassurant, ego friendly !

            On pourrait aller dîner au restaurant pour se rapprocher un peu. Enfin, dîner chez l’un d’entre nous, parce que le restau c’est cher quand même, faut pas déconner, j’ai une gosse à nourrir moi monsieur. Disons dîner chez moi, comme ça je n’aurais pas à prévoir de mode de garde (et à m’arracher les entrailles en partant plus d’une heure loin de la prunelle de mes yeux).

            Je mettrai bien évidemment les petits plats dans les grands en utilisant tout mon temps libre de la journée (soit les 17 minutes de sieste) à concocter un délicieux repas à base de surgelés, que nous pourrons déguster froid en soirée lorsque je m’assiérai enfin à table après les réveils de 21h12 (« Maman tétée ! »), 21h34 (« Maman partie ??? MAMAN PARTIIIIIIEEEEE !!!!!! ») et 21h57 (« Maman, l’est où la carotte du chien ? »).

            C’est alors qu’en nous délectant de notre quiche Marie sous l’élégante lueur de ma lampe centrale Winnie l’Ourson, bercés par le doux crépitement du baby-phone, nous laisserons la magie opérer.

Il faut dire que je serai particulièrement en beauté pour l’occasion : le matin, j’aurais enfilé mon plus beau jean, celui qu’on peut tâcher tant qu’on veut et ça ne se voit même pas (trop), et mon chemisier extensible le moins déteint. Si j’ai de la chance, j’aurais même eu le temps de me mettre de la crème hydratante sur le visage, excusez moi du peu. Ma main arborant fièrement quelques restes de la manucure de Mai dernier, conservés à la sueur de mon front, se laissera caresser par la sienne. Je saurai l’envoûter de ma passionnante conversation nourrie des sujets de mon quotidien (« Tu as vu, ils rappellent les petits pots banane chez Nestlé ! Paraît qu’il y a des bouts de verres dedans ! », « Tu me croiras jamais, mais hier, je voulais aller au bureau de tabac, et emportée dans mon élan j’ai poussé jusqu’à la boulangerie, bonjour le délire quoi ! », « C’est lequel toi ton Barbapapa préféré ? ») .

            Beaucoup plus tard dans la soirée, vers 22h12, alors qu’il envisagera de regarder un film, je ne manquerai pas de lui faire comprendre que d’autres réjouissances sont au programme en défaisant discrètement mais sûrement quelques boutons supplémentaires à mon chemisier ; initiative moins poussée, il faut bien l’avouer, par la hâte de m’adonner aux dites réjouissances que par un besoin irrépressible de rejoindre mon lit ensuite, avant que la peau de mes cernes se tendent tant que je sois la première femme en France à arborer des vergetures oculaires.

            Une fois le message passé, je le laisserai lentement retirer mon chemisier pour découvrir, à défaut de mon magnifique push up rouge Passionata (RIP mon 90B de nullipare) un splendide soutien gorge d’allaitement en lycra couleur chair assorti de ses bretelles rembourrées. Nos bouches entrelacées, je feindrai d’ignorer qu’il est presque l’heure du réveil nocturne de 23h et que je suis incapable de me concentrer sur quoi que ce soit, concentrée corps et âme à tendre l’oreille pour ne pas manquer le cri de ma progéniture affamée. Puis, c’est avec un sourire gêné que je m’éclipserai à demi vêtue lorsque le gnome nous aura bruyamment interrompus, comme prévu. Quinze minutes plus tard, je reviendrai auprès de mon prétendant, la marque de l’oreiller sur le front et de la bave qui ne m’appartient pas sur l’épaule gauche. Mais qu’à cela ne tienne, mon sex-appeal légendaire opérera à nouveau, et nous reprendrons rapidement notre prélude là ou nous l’avions laissé. Jusqu’au réveil de 23h34. Puis jusqu’à 23h46.

            Cette troisième fois, c’est avec un sourire crispé, les yeux collés et ma robe de chambre en simili peau de taupe que je reviendrai au salon, 45 minutes après mon départ pour la chambre, et annoncerai à mon prince charmant que je me suis endormie sans le vouloir, et que visiblement ma fille doit couver quelque chose et a absolument besoin de moi à ses côtés, que je suis désolée et que j’espère qu’il comprendra. Plutôt mourir que d’avouer que, passé une heure du mat, la perspective de faire la connaissance biblique du jeune homme m’apparaît soudainement beaucoup moins attrayante que celle d’enfiler mon pyjama en polaire pour plonger dans un profond coma.

            Évidemment, il comprendra.

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