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Contrôles rétro

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Un matin, m’est venu une idée de folie : j’allais enfin entreprendre de passer mon permis de conduire.

Ne me demandez pas ce qui m’a pris : l’ennui, peut-être. Tout ce temps libre quand on élève seule un enfant en bas âge, c’est lassant. Après mes cours de yoga, la manucure et les week end au Spa, je ne savais plus quoi faire de ces si nombreux moments qui n’étaient dédiés qu’à ma personne. Un calvaire, vous dis-je.

Et puis, il faut bien admettre qu’à 25 ans révolus, j’éprouvais sans doute le besoin d’enfin m’adonner à une activité totalement nouvelle ; et je ne vous cache pas qu’entre l’apprentissage du mandarin, la peinture sur œufs durs, le fist fucking et le permis de conduire, le choix fut cornélien.

Et après tout si, en plus, avoir le permis pouvait me permettre d’aller acheter des croustibats par mes propres moyens et d’emmener ma bête sauvage de fille s’ébrouer à loisir dans la nature, ce n’était qu’un bonus.



Ladite bête, particulièrement incrédule, m’avait toisée de ses 95 centimètres à l’annonce de mon intention : « Mais, maman, pourquoi tu veux APPRENDRE à conduire ? Tu prends le volant comme ça, avec tes mains, et puis tu le tournes. Voilà. Bon, tu veux que je le fasse ? ».

Aussi tentante soit l’offre, il m’a fallu la décliner, et m’inscrire dans une auto-école digne de ce nom. Après y avoir partagé avec un plaisir mitigé quelques mètres carrés plongés dans la pénombre avec des adolescents rivalisant entre eux dans l’art de la caricature, j’entamais l’apprentissage de la conduite, et me heurtai rapidement à un challenge que je n’avais pas envisagé : rester éveillée au volant.

En effet, exceptionnellement privée de la rafraichissante logorrhée qui m’accompagne normalement 24 heures sur 24 (« Moi maman ma couleur préférée c’est le bleu, mais aussi un peu le rose, mais surtout le bleu, sauf des fois, mais pas le marron parce que le marron c’est du caca ! Alors on en met sur sa tête ! Ah ah ah maman le caca sur la tête, c’est drôle, maman, MAMAN ?! TU M ECOUTES ?! », (Message à l’attention des nombreux enfants de moins de 4 ans qui me lisent assidûment : Non, le caca sur la tête, ce n’est PAS drôle. Surtout à 6 heures du matin.)), le calme de la voiture école rendait d’un coup les 34 695 heures de sommeil en retard beaucoup plus tangibles. Passer une heure entière sans la verve persistante de ma fille, c’était risquer de tomber dans le coma à tout moment. Et au volant, c’est ballot.



Malgré tout, après un modeste total parfaitement honorable de 20, 30, 40, 50 heures de conduite, j’ai finalement obtenu le papier rose, et violemment reçu deux réalités en pleine face : premièrement, je ne savais pas conduire, en fait ; et deuxièmement, il allait me falloir à présent apprendre pour de vrai tout en promenant mon gremlins à l’arrière à chaque trajet.

Mais c’était mettre la charrue avant les bœufs : il fallait tout d’abord acquérir un véhicule, et si la tâche semblait relativement aisée de mon point de vue de spécialiste (« Oh celle-ci à un volant ET des pneus, ça me va ! »), ma fille ne l’entendait pas de cette oreille. Notre voiture serait bleue, ou ne serait pas. (Mais surtout pas marron, parce que marron c’est du caca, caca sur la tête AH AH AH )

Une fois la voiture bleue trouvée, il fallait bien évidemment la décorer. Non, pas d’autocollant, chérie, ça fait craignos. Bon ok, arrête de pleurer, on en met un. D’accord deux mais c’est tout, tu as compris ? Hors de question d’en mettre plus ! J’ai dit non !

Bon, allez, trois.



Pour faire bonne mesure, j’avais bien évidemment eu la brillante idée d’acheter une voiture à 400 bornes de chez moi, de façon à ce que ce soit immédiatement quitte ou double : soit l’enfant passait par la vitre électrique en poussant des hurlements de hyène dès le premier trajet, soit il avait peut-être une chance de survivre sur le long terme à la nouvelle activité de sa mère.

Très vite, un ensemble de fausses bonnes idées se sont présentées à moi de façon violente. Proposer un gâteau sec à son enfant pour passer le temps, pourquoi pas. Une pom’pote non, car ça s’infiltre très bien dans les rainures des vitres, sous les sièges auto, dans les housses des appuis tête ainsi que dans le nez et les oreilles. De même, poser son sac à main négligemment à ses côtés sur la banquette arrière, c’est prendre le risque de contempler dans le rétroviseur sa progéniture sortir délicatement d’une main votre passeport, tout en tenant nonchalamment de l’autre un marqueur fluo bleu.

Mais qu’à cela ne tienne, sérieuse et posée, mes yeux n’ont pas quitté la route pour autant. Je tentai de rester calme, de me concentrer, de tout gérer et de tuer ce petit con de fantôme de moniteur auto-école posé sur mon épaule droite et qui me bassinait avec ses angles morts, tout en surveillant mon nuisible confortablement installé dans le siège Chico.

J’avais vite pris conscience que, bien que pourvue de deux chromosomes X, je n’étais absolument pas multitâche. Mon tendre rejeton s’en étant aperçue elle aussi, elle a rapidement décidé d’en prendre son parti pour se livrer à son activité favorite : me faire transpirer.

« – Maman, pourquoi je connais pas mon papa ?

– Heu écoute chérie, là on arrive à un rond-point, vraiment c’est pas le moment.

– C’est parce qu’il est mort, c’est ça ?

– … putain de connard mets ton clignotant… Oui non chérie il est pas mort mais bordeeeeeel ils vont vite ici, attends écoute on en reparle là je peux pas tu vois.

– D’accord. Alors on parle plus de lui. Mais la mort, c’est comment ? On peut revenir quand on est mort ?

– … attend mais je me suis trompée de route, y a un panneau sens interdit, oh mais je suis où là, merde je me transpire dans les yeux je vois plus rien, écoute mon amour on parlera de la mort une autre fois tu veux bien ?

– Ok.

– Merci.

– …

– …

– Les bébés, ils sortent par où ? ».


Puis, j’ai rapidement appris à mes dépends que montrer à son enfant son désarroi dans des situations critiques, c’était s’exposer à en entendre parler ad vitam eternam. Même devant des gens.

« – Maman, pourquoi tu arrêtes la voiture ? Tu vas réussir à la passer ta marche arrière cette fois, hein ? Hein dis, tu vas y arriver ? Tu vas pas pleurer comme l’autre jour hein, d’accord. Calme toi maman. Tu peux le faire. ».



Et puis, petit à petit, j’ai trouvé mes repères. Au bout de trois jours, j’épluchais des bananes au feu rouge. Au bout d’une semaine, je m’insérais sur l’autoroute en chantant Marie Myriam à tue tête et en boucle pour ne pas lui laisser l’occasion d’en placer une. Au bout de dix jours je découvrais que la musique et les contes classiques lus sur CD étaient ma seule chance de salut.

Et, finalement, qu’est-ce que 5 petites heures de trajet avec la playlist d’Aladdin à fond, après tout. Quand on aime, on ne compte pas.

Mais je ne me plains pas, les musiques Disney sont plutôt agréables au demeurant. En revanche, j’offre dorénavant ma chaine en or, mes identifiants Crédit Agricole et mon corps à qui m’amènera la tête de Marlène Jobert sur une pique.

Et une superbe voiture bleue avec des fleurs, tiens.

Sois belle et tais toi

Parfois, j’ai la nostalgie de ces premiers mois idylliques passés à promener fièrement la somptueuse poupée adorable que mon brave utérus venait à peine de m’offrir.

Pourtant adepte de l’écharpe de portage, je ne résistais pas à la tentation de l’exposer de temps en temps dans un landau, afin d’éclairer le monde de sa beauté et de son rayonnement (ne me remerciez pas, c’est de bon cœur).  Contrairement à beaucoup de femmes que j’ai pu rencontrer, rien ne me réjouissait plus que les badauds s’arrêtant dans la rue pour admirer ma fille et m’assaillir de banalités accablantes entre deux gazou gazou baveux : « Oh, on oublie vite combien c’est petit au début, quand même! » (non vraiment, mon vagin n’a rien oublié et ne partage pas cet avis, madame), « Elle est gentille ? » (non elle est féroce, selon les statistiques un nouveau-né sur trois essaie d’étrangler ses parents pendant leur sommeil durant son premier mois de vie, véridique !), « Ah, une blonde aux yeux bleus alors que vous êtes brune aux yeux marrons… elle a tout pris de son papa je suppose ! » (Tu supposes mal grognasse, son papa est algérien. Mais je ne te le dis pas pour éviter ton regard qui sous entendra « Et le facteur ? »), « Elle est vraiment mignonne ! » (je SAIS. Je suis sa mère je te rappelle, et ce statut privilégié me confère une facilité inégalée à magnifier tout son être. Elle pourrait être difforme, borgne et lépreuse que je baverais quand même de bonheur devant sa  splendeur) et autres « Profitez-en, ça passe tellement vite ! » (bon ok, je la sortirai de son placard à chaussures une demi-heure de plus par jour pour en profiter un peu, mais c’est bien pour vous faire plaisir).

Malgré tout, me pavaner en exhibant le fruit de mes entrailles restait une activité extrêmement agréable et vivifiante. Ses bouclettes dorées ornant son visage d’ange, ses yeux clairs parés de cils gigantesques ainsi que ses joues potelées faisaient l’unanimité, et c’est le cœur gonflé d’orgueil que j’aurais couvert à ma charge le moindre de ses pets sonores en société pour ne pas  risquer de ternir son aura.

Et puis, un jour, bêtement, j’ai eu une idée stupide. Traitez-moi de conformiste s’il le faut, mais dans un élan de bonne volonté j’ai décidé de lui enseigner le langage. A l’époque, je pensais naïvement que cela faciliterait son insertion dans la société ; je n’avais pas idée que l’effet immédiat serait plutôt de rendre ma propre insertion encore plus ardue qu’auparavant.

C’était sans compter sur l’incroyable talent d’imitation de nos chères têtes blondes, et sur le fait que je suis tout sauf un modèle langagier à suivre au quotidien. Ainsi, une poupée à piles particulièrement bruyante se vit tendrement rebaptisée « Tagueule »  (« Maman, bébé Tagueule est fatigué, faire dodo Tagueule »).  Tagueule étant particulièrement attachant, il n’hésite pas à nous suivre à l’extérieur lors de nos évènements sociaux, ce qui est fort aimable à lui.
Néanmoins, je reconnais au bébé Tagueule le mérite d’occuper ma fille un bon moment, l’empêchant  du même coup de chantonner « Sticks and stones may break my bones but chains and whips excite me » en remuant du popotin avec entrain. Je savais bien que c’était à mes risques et périls que j’avais remplacé le disque de Chantal Goya de la voiture par celui de Rihanna.

Mais dans ces situations, je réussis tout de même à assumer, à tourner en dérision, à faire sourire l’entourage.  Tout se corse lorsque le monstre  me demande de lui mettre une vidéo de bâtard (le roi des éléphants, évidemment) sur Youtube.  Ou lorsqu’elle se brûle le doigt et insiste pour que l’on aille acheter des pansements chez Madame La Chienne (qui tient une pharmacie, donc).  Bizarrement, les boucles blondes, l’air angélique et les yeux azurs ne suffisent plus. Encore moins quand elle déclare aux passagers de l’autobus blindé à l’heure de pointe qu’elle voudrait vraiment bien faire caca là, maintenant, tout de suite.
Mais même en regardant très loin, dans le vague et en sifflotant, il est relativement difficile de prendre un air suffisamment détaché pour faire avaler à l’assistance que cet enfant accroché à notre dos dans un Ergobaby, on vient juste de le trouver là, tiens, par terre, mais qu’on l’avait jamais vu avant promis juré craché.

Cependant, et contre toutes attentes, mon rejeton ne semble pas prendre conscience du potentiel déstabilisant de son expression orale, et n’hésite pas à entamer une conversation avec qui bon lui semble. Elle affectionne tout particulièrement les récits de son cru mettant en scène nos activités quotidiennes, même si cela implique de déclarer très sérieusement à la voisine acariâtre que « Maman, elle m’a tapé ! ». Il va sans dire que la fin de la phrase, à savoir « … dans la main en criant Yoooo ! » lui semble totalement superflue, et que la subjectivité d’une éventuelle  interprétation ne l’effleure même pas.
De même, elle n’est jamais avare de commentaires sur ce monde merveilleux qui l’entoure, et aime à féliciter la sympathique quinquagénaire tirée à quatre épingles assise près de nous dans le train d’un « Très jolies boucles d’oreilles, monsieur ! » particulièrement guilleret. Ou une jeune femme portant le voile, sur laquelle elle s’extasie et déclare « Oh, beau, le même chapeau que Bécassine ! ».
Cette fameuse Bécassine qu’elle a d’ailleurs déjà ouvertement reconnue quelques jours auparavant sur le tableau accroché chez ma tante bonne-sœur ; le fait que ladite Bécassine porte une couronne d’épines et se tienne bizarrement les bras en croix n’a pas semblé la gêner le moins du monde.

Bécassine ou l’apprentissage du multiculturalisme pour les moins de 36 mois. Quand je dis que Chantal Goya était une visionnaire ! Mais il semblerait que l’attrait du personnage tourne à l’obsession dernièrement, il va sans doute falloir doucement la sevrer du DVD du « Mystérieux Voyage de Marie Rose » version 1989. Il me suffira certainement de subtiliser habilement la vidéo et de la remplacer par la version 2009, dans laquelle la pauvre Chantal a l’air d’avoir pris 30 kilos, 50 ans et 80 plaquettes de Xanax ; ça devrait suffire à la dégoûter.

Ou à l’intriguer assez pour qu’elle se taise pendant une petite demi-heure. J’espère.

La culture, c’est relatif

Le CSA nous recommande de ne pas mettre nos enfants devant la télé avant 3 ans. De leur côté, les pédiatres et les services sociaux s’accordent à dire que ce n’est pas une super idée de secouer son bébé dans tous les sens en lui cognant la tête contre les murs et en hurlant des insultes sataniques lorsque l’on est à bout et qu’on ne sait plus quoi faire de lui.

Etant donné qu’en plus quand on allaite, les antidépresseurs, les calmants, le lsd et autres anxiolytiques sont à proscrire, et que ses idiots de bébés ne savent même pas lire un livre,  il y a parfois des situations où l’on a plus que ses yeux pour pleurer.

De ce fait, en tant que mère indigne (mais allaitante, ça rattrape ! Comment ça, non ?), j’ai pris sur moi de déroger à la règle et d’autoriser quelques minutes de télé, à l’occasion.


Du coup, nous découvrons ensemble les programmes destinés aux tous petits, et bien que j’applique tant bien que mal une sélection, force est de constater qu’il y a certains ratés dans nos choix.


Un dessin animé qui me plait beaucoup à la base, ce sont les Barbapapa. Ludique, sympa, coloré, entrainant, je leur pardonnerais presque leur obsession pour le lait de vache et les biberons qu’ils ne peuvent pas s’empêcher de fourrer dans le bec de tous les bébés qui croisent leur route.

Cependant, bien que leur ton moralisateur ne soit pas systématiquement déplaisant, je m’interroge encore sur l’intérêt de sensibiliser les très jeunes enfants sur  des phénomènes cruciaux, tels que les dangers du braconnage. Personnellement, j’imagine mal une tribu embusquée de malfaiteurs de  3 ans et demi qui guettent à la jumelle les éléphants pour revendre l’ivoire au marché noir.  Je me dis qu’un sermon sur les risques encourus lorsqu’on court sur le sol glissant de la piscine / descend les escaliers sur une jambe en reculant / mange un clou rouillé aurait peut-être été plus judicieux et profitable à court terme.

Mais soit, c’est un vieux dessin animé, peut être que dans les années 70 les bambins avaient des fusils, tout comme les lapins

(Attention, une référence culturelle de haut niveau s’est subrepticement glissée dans cette phrase).

Au-delà de tout ça, en découvrant les Barbapapas avec ma fille, mon âme de prof s’était immédiatement enflammée :  « mais c’est super, en voilà une occasion rêvée pour apprendre les couleurs ! ».

Un an plus tard, ma fille est en effet capable de différencier entre eux les Barbapapas, et de les désigner par… leurs prénoms.  Sachant qu’ils ont à peu près tous la même forme et que leur seul élément distinctif est leur couleur, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’elle se fout de ma gueule.

Je sens que ça va être facile, à l’école : lorsqu’elle demandera à la maîtresse de lui prêter un crayon barbidur ou pourquoi le ciel est tout barbibul, il suffira au personnel encadrant de se référer aux personnages du dessin animé pour trouver la couleur correspondante.  Au pire je lui laisserai en permanence un récapitulatif des différents barbapapas dans sa poche, c’est simplement une question d’organisation.


Mais heureusement, jusqu’ici, et j’espère pour de nombreuses années encore,  j’ai réussi à lui éviter Dora. J’y suis tout particulièrement réticente depuis que j’ai pu constater les dommages cérébraux occasionnés par ce programme, notamment chez une amie à moi qui lors de sa quatrième année de licence (oui, elle avait bien aimé, alors elle y restait) arrivait régulièrement en retard à la fac, l’œil hagard et les cheveux à peine peigné, parce que « Cette salope de Dora s’était encore perdue dans la forêt, putain !!! ».

Intriguée, j’ai voulu m’y intéresser moi aussi, et hormis le fait qu’à chaque fois que Dora me demande où est le grand poulet rouge je ne peux m’empêcher de lui répondre « DANS TON CUL », il me semble parfaitement anti-pédagogique la façon dont une réponse de l’enfant est sollicitée, et ensuite systématiquement applaudie alors que bordel, comment elle le sait Dora que le chiard a bien répondu ?!

Je vois déjà les justifications qu’avancent sans nul doute les scénaristes : il est bien évidemment in-ac-ce-pta-ble que le parent laisse l’enfant seul et sans défense devant la lucarne, voyons ! Le dit parent se chargera donc lui-même de rectifier la phrase de l’enfant dans un premier temps s’il venait à donner une réponse erronée. La télé  oui, mais encadrée.

Sauf que non, en fait, ça marche pas vraiment comme ça. Souvent le parent, émerveillé du calme soudain que provoque l’écran sur son enfant d’ordinaire relativement hystérique, profitera de ces quelques instants de répit pour s’adonner  en solitaire à des activités épanouissantes tant sur le plan personnel qu’intellectuel, telles que plier le linge ou remplir le lave-vaisselle.

De cette façon, cette pouffiasse de Dora pourra à loisir s’écrier avec un entrain (qui n’est pas sans rappeler Julien Lepers lors d’un orgasme culturel) « Bravooo ! Tu as GAGNE !! You WON !!! » alors qu’à la question « quel est le plus court chemin pour rejoindre la ferme », le nain aura répondu « crotte de nez ». Laissant ce dernier perplexe, et un tantinet destabilisé.

De toutes façons, ma fille n’a nullement besoin de Dora pour apprendre l’anglais. Rihanna et Britney Spears s’en sont déjà chargées, et elle peut déclarer avec un accent parfait que « na na na na na come on, come on », « If I say I want your body now »,  ou encore « oh mama, mama, I just shot a man down ». C’est amplement suffisant pour un début.


Mais il en est un que je n’ai pas su éviter à temps. Le grand père est passé avant moi, armé de son vil Dailymotion, et ma fille est à présent  totalement droguée à Didou.

Didou, le seul lapin dont la tête est dessinée à la règle, donc. Il a dû avoir un accident de ski petit, je sais pas, mais en tout cas lorsqu’un personnage avec une tronche pareille m’annonce qu’il va m’apprendre à dessiner, ça m’inspire pas vraiment confiance.

Pourtant, il y met de la bonne volonté. Il nous explique que tout ce qu’il va nous apprendre à dessiner, c’est hyper simplifié : c’est que des courbes et des traits ! Un peu comme tous les dessins, en fait, quoi. Mais passons.

Une fois que Didou a terminé son dessin (que l’enfant attend patiemment que sa maman reproduise elle aussi après l’épisode, alors qu’elle en est juste incapable, en fait, puisque Didou n’est rien qu’un gros menteur et qu’il faut un master en histoire de l’art pour refaire cette putain d’autruche), il le colorie. Et alors là, difficile de dire ce qui lui passe par la tête, mais alors qu’il s’en était tenu à une approche relativement réaliste dans son illustration, Didou se met a colorier les chats en bleu et les autruches en vert. Une fois, il a réussir à faire l’écureuil en marron, j’en aurais pleuré de joie.  Un réel progrès, même si au niveau des échelles il y a encore du chemin à faire, puisque l’écureuil en question mesurait à peu près la même taille que Yoko la coccinelle.

Mais ce qui a le don de m’exaspérer, c’est la nonchalance avec laquelle Didou et son acolyte balancent leurs feutres partout par terre au fur et à mesure de leur coloriage. Excellent exemple, que ma fille s’empresse évidemment d’imiter dès que l’occasion se présente, pour mon plus grand bonheur.


Oui, sur ce blog, j’aime m’interroger sur de vrais problèmes de société.

Doléances

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Ma très chère fille,

Voila plus de 20 mois que nous cohabitons, pour mon plus grand bonheur, dans une harmonie quasi parfaite ; et sache que j’apprécie chaque instant passé à tes côtés.

Néanmoins, j’aimerais te stipuler par la présente quelques anomalies comportementales qui dernièrement compliquent légèrement notre entente.

Tu sais que je ne juge pas tes colères, et bien loin de moi l’idée de les confondre avec des caprices. Je comprends tes frustrations, et je n’attends pas de toi que tu saches contenir tes émotions avant même de savoir contenir ton caca (amis de la poésie, bonsoir). Ainsi, je n’ai pas honte lorsque tu te roules par terre à la Maison de la Presse. Mais si tu pouvais le faire en réclamant un  « Popi » au lieu de « Moto Plus », alors nous arriverions sans doute mieux à nous comprendre.

De même, tu sais combien ton avis compte pour moi. Néanmoins, lorsque tu choisis en mon nom des chaussures à talons aiguilles de 16 centimètres pour le jour de notre randonnée en forêt, tu comprendras que malgré tout mon amour je ne puisse accéder à ta requête. Et ce même si tu t’accroches à l’armoire en pleurant des vraies larmes de vrai malheur.

Dans un autre domaine, à présent que tu maîtrises à peu près notre langage, ou en tout cas suffisamment pour m’indiquer que tu souhaites que je te lise l’histoire de la petite otarie, ou que tu voudrais du gâteau au chocolat et que ma compote je peux me la carrer profond, serait-il envisageable qu’à ton réveil tu me fasses comprendre que tu veux te lever autrement qu’en t’asseyant sur mon visage avec  ta couche pleine de la nuit ?

Car rassure toi, je te comprends très bien lorsque tu t’exprimes, à présent. D’ailleurs, lorsque tu me demandes un glaçon pour jouer à te le rentrer dans le body alors qu’il fait 6 degrés, si je refuse, ce n’est pas parce que tu as mal prononcé ta phrase. Non, c’est un choix murement réfléchi, crois moi ; il est donc inutile de te frapper fortement la tête contre la table pour te faire une bosse, et ensuite me réclamer en geignant un glaçon pour apaiser ta douleur.

Non vraiment, je t’assure, ton expression orale ferait des envieux. Tout est limpide. Surtout quand tu me fais remarquer le matin que « pas zolie maman, a un bouton, là ».

Et pourtant, ne te méprend pas, je suis particulièrement heureuse que tu affirmes et exprimes tes goûts en matière d’esthétique. Mais est-ce vraiment la peine de dire à la boulangère en regardant sa fille de 7 mois « pas beau petit bébé » ? Même si c’est vrai, je ne suis pas sure que ça t’aide à te socialiser. Il va falloir veiller à ne pas finir comme ta mère.

Puisque j’en suis à évoquer  ta vie en société, j’aimerais également attirer ton attention sur le fait que tu ne peux pas forcément tout dire à tout le monde. Par exemple, demander à une voisine qui vient gentiment apporter des cerises « dessine-moi un cul » en lui présentant ta feuille de coloriage, ça peut éventuellement m’attirer les services sociaux.

Dans une moindre mesure, je suis attendrie de l’affection que tu portes à notre lapin ; mais si tu arrêtais de forcer toutes les personnes qui franchissent le seul de notre porte, même celles avec qui j’entretiens une relation purement professionnelle, à lui dire bonjour en grande cérémonie, cela me faciliterait la vie.

D’autre part, j’apprécierai  grandement que lorsque je repousse les avances d’un prétendant particulièrement insistant, tu ne te jettes pas à son cou en criant « papa ! ».

Cela vaut également pour tous mes exs.

De même, lorsque tu rebaptises le vendeur de chaussures sénégalais chauve « petit ours brun », ou quand  tu cries « petit bébé ! » en poursuivant une naine, voir même lorsque tu fais « vroum vroum » en courant derrière les handicapés, estime toi heureuse que l’avortement soit interdit après la naissance de l’enfant.

Enfin, tu connais mon entrain légendaire. Je ne suis pas la dernière à faire l’escalator derrière la table de la cuisine, ou à chanter « it’s raining men » avec l’essoreuse à salade sur la tête pour te faire avaler ton choux-fleur sans heurts.  Jouer à « coucou ! » derrière le vieux chêne du jardin me fait beaucoup rire. Jouer à « coucou ! » avec le rideau de la cabine d’essayage en plein samedi des soldes alors  que j’essaie le bas de mon bikini, et montrer ma teuch à tout décathlon, moins.

Dans l’attente d’un changement d’attitude significatif de ta part, je te prie d’agréer, mademoiselle ma fille, l’expression de mes sentiments les plus dévoués.

Maman.

A table!

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            Aujourd’hui, c’est décidé, je mets les petits plats dans les grands, pour faire plaisir à ma petite frustrée du palais par mes jambons / légumes vapeurs insipides (mais si rapides à faire…). Ce midi ce sera magret de canard à la poêle, accompagné de ses courgettes et pommes de terre rissolées. Je me fous pas de sa gueule, là.

            Pleine d’entrain, je la décroche du polystyrène de l’entrée (qu’elle aime tant boulotter dès que je tourne le dos) et l’attire dans la cuisine en lui expliquant, enjouée :

« – Allez viens ma puce, on va préparer le cana… »

Quand soudainement, il me vient à l’esprit qu’il n’est peut être pas particulièrement judicieux d’annoncer à ma douce et innocente fille que ce que je m’apprête à lui filer à béqueter dans son assiette Winnie l’Ourson n’est autre qu’un morceau extrait de son animal de prédilection.

Et si je la perturbais complètement ? Elle va trouver ça atroce, de manger un canard. Elle va refuser, dégoûtée, et me prendre pour une personne malsaine. Peut être même qu’elle refusera toute la viande que je lui proposerai dorénavant, puisqu’elle aura compris le cruel principe. Et elle va manquer de protéines, et je vais m’inquiéter. Mais je ne pourrai pas la forcer si elle trouve ça écœurant, ça serait contreproductif. D’ailleurs, c’est vrai que c’est écœurant quand on y pense. J’aurais du rester végétarienne moi, tiens. Comment est que ça pourrait ne pas la traumatiser ? Je suis un monstre.

            J’en suis là de mes réflexions lorsque je prends la décision de feinter. Aucun mensonge, juste de la finesse. Tout est enfin prêt à être dégusté, et je sers Madame en accompagnant les bouchées de divers « Tu veux un morceau de magret, mon cœur ? », « Mâche bien ta viande, chérie», « Tu reveux du plat, ma puce ? », « Encore un peu de volaille, mon amour ? » (on est linguiste ou on ne l’est pas). J’évite ainsi dorénavant le mot fatidique par tous les moyens, et regarde ma naine se goinfrer comme un goret.

            Les courgettes sont rejetées de suite, voir même extirpées violemment de l’assiette afin de s’assurer de ne pas en avaler une par méprise. Les pommes de terre n’ont qu’un maigre succès, et se retrouvent délaissées après quelques morceaux.

Mais la pièce principale du plat, elle, est dévorée à grosses fourchetées avides, longuement mâchée avec les gencives (à défaut de molaires) avant d’être engloutie avec délectation. Je me réjouis de ce succès (d’autant plus qu’à 15 euros le morceau de magret en magasin bio, elle a toutes les chances de se voir resservir les restes le lendemain, le surlendemain, et qu’ensuite on fasse des infusions avec son caca pour être sûres d’en avoir profité au maximum).

            Comblée, je demande alors à mon chérubin :

« Alors puce, tu as aimé ? »

L’enfant aux yeux bleus et boucles d’or, avachie dans sa chaise haute à cause de son bide proéminent après un tel gueuleton, de la graisse jusque dans les cheveux car ce qui est succulent se mange avec les doigts, et encore quelques morceaux de bidoche coincés entre les incisives qu’elle suçote bruyamment, tourne alors ses yeux angéliques vers moi et me répond :

« L’est bon, le coin-coin ! »

« Que du bonheur » (Partie 1)

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Lorsque tu attendais ton premier enfant, les yeux encore humides des larmes d’émotion de l’annonce au papa (ou de frustration d’être privée du champagne sabré pour l’occasion) et les doigts encore imprégnés de l’odeur de ton urine (que celle qui a visé du premier coup son test de grossesse me jette la première pierre), tu t’es bien renseignée. Auprès de maman, mamie, les copines initiées, les forums, les magazines… tout a activement contribué à parfaire tes connaissances en matière d’enfants, et à faire de toi une primipare épanouie et parée à toute épreuve. Un gosse, c’est bon, tu cernais parfaitement la bête ; rien de bien compliqué

Carrément prévisible en fait même, quand on y réfléchit.

          Tu avais par exemple été prévenue que les tailles de vêtements de bébé étaient obsolètes, et qu’il ne fallait surtout pas être étonnée de mettre du 3 mois à son nourrisson d’un mois, ou du 18 mois à son petit d’un an.

           … mais tu ne t’attendais certainement pas à devoir acheter en urgence toute une garde robe pour rhabiller en 3 ans ta fille de 15 mois.

          Tu savais aussi qu’un petit garçon te ferait automatiquement pipi dessus à l’ouverture de couche, et qu’il te faudrait donc te méfier et redoubler de vigilance et d’astuce pour déjouer le jet infernal.

           … mais tu ignorais qu’une fille aussi, ça a parfois l’urètre joueur et puissant, et qu’alors que tu ne te méfierais pas elle n’aurait aucun scrupule à te faire un shampoing improvisé 3 à la moindre occasion.

 

          Tu avais vu des dizaines de bébés rampants mettre tout et n’importe quoi à la bouche, pas encore aptes à déterminer ce qui est ou non comestible, même en s’aidant de leurs papilles gustatives. Il fallait leur apprendre, à force de patience, à ne plus le faire systématiquement ; et aux alentours d’un an tout semblait rentrer dans l’ordre et l’enfant se civilisait.

           … mais tu n’avais alors pas idée que ta fille de 18 mois lécherait la pâte à fixe à même le mur, boulotterait à la moindre occasion des morceaux de polystyrène ou des mouches, et croquerait à pleines dents dans les spartiates de son grand père. Et ce avec un réel plaisir gustatif non dissimulé.

 

          On t’avait mise en garde sur les difficultés des premiers mois, pendant lesquels l’enfant se réveille plusieurs fois par nuit pour réclamer à béqueter /un câlin/ rien-du-tout-c’est-que-pour-faire-chier-cette-fois. Il allait falloir t’armer de patience pendant 1 à 3 mois, peut être même t’attendre à 6 à 12 mois de nuits morcelées par le réveil assassin de 4h du mat si tu héritais d’un noctambule. Une petite cure de fer en fin de grossesse, un peu de bonne volonté, et te voila en condition.

            … mais jamais tu n’aurais pensé qu’à 1 an et demi passé  ton gnome t’arracherait encore brutalement à ta torpeur bien méritée en moyenne 4 à 6 fois par nuit, sous quelque prétexte fallacieux (« maman tétée », « maman acore tétée », « maman croucou » (comprendre « maman tu entends la tourterelle toi aussi ? »), « maman taraaaaa tabé » (comprendre… hein ??? Mais qu’est ce qu’elle raconte la naine à 3h du mat là, elle a pris des champignons ou quoi ?)).

 

          A ce sujet, tu regardais attendrie ces jeunes parents déchiffrer immédiatement les phrases pourtant approximatives de leur tout petit en apprentissage du langage, et rêvais au jour ou toi aussi tu surprendrais tout le monde en comprenant à merveille la chair de ta chair, grâce à ta géniale oreille attentive, instinctive et affectueuse.

            … mais c’était sans compter l’incroyable volonté de ta fille à ne s’exprimer qu’en Inca avec un accent Islandais pendant les deux premières années de sa vie, et que malgré ton Bac+5 en langues tu ignorerais totalement ce que peut bien vouloir signifier « Aca toupoutou hin hin ! Toupoutou poutou maman taca touca baaaa doulaou ! » (prononcé sur le ton de la colère et de l’exaspération, symptomatique de l’enfant frustré d’être perpétuellement incompris vocalement).

 

          Tu souriais amusée devant les amis bienveillants qui te conseillaient de te couper les cheveux avant l’arrivée de ta petite boule d’amour, car elle risquait de jouer avec et de te les tirer (parfois même de toute la force de ses petits points, si si !). On t’avait même touché deux mots des bébés allaités griffant en surface le haut de la poitrine de leurs mamans pendant le repas.

            …mais ce n’est qu’un an plus tard, 10 cm de chevelure manquant de chaque coté de la tête, la lèvre tuméfiée, les seins lacérés et deux grains de beauté arrachés que tu auras pris pleinement conscience du potentiel de La Bête.

 

          Tu étais passée maître en nutrition infantile et te réjouissais déjà de faire goûter à ta merveille dès l’apparition de ses premières dents tous tes plats préférés. Que tu aurais évidemment mitonnés avec amour et dévouement de longues heures durant, à base de bons légumes bio et frais du marché et de viande en provenance directe de cette petite boucherie, située à une heure de chez toi certes, mais tellement réputée.

            … mais tu as du apprendre à faire le  deuil de ta nouvelle vocation en admettant, la mort dans l’âme et après des mois de déni, qu’a presque deux ans le plat préféré de ta fille restait de (très) loin le pot « légume pâtes jambon » de chez Hipp, étiqueté « sans morceaux, dès 6 mois ».          

 

Mais pour le prochain, c’est bon, tu sais à quoi t’attendre.

Carrément prévisible en fait même, quand on y réfléchit.

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