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Va mettre une culotte

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Dès la naissance de ma fille, tout avait systématiquement été source de craintes, de doutes, d’angoisses et d’appréhensions.

De la diversification, où je risquais évidemment de tuer mon enfant en lui administrant 70 grammes de purée de poire au lieu des 50 scrupuleusement indiqués par la PMI, aux prémices de l’apprentissage du langage durant lequels je pouvais à tout instant bloquer son développement intellectuel par une parole malheureuse, mon esprit torturé ne jouissait d’aucun repos.

Pourtant, il est un domaine qui ne m’effrayait pas : la propreté. C’est vrai, ils finissent tous par être propres naturellement, non ? Et puis, c’est pas très important. Ça vient tout seul, et si ça ne vient pas rapidement, c’est pas grave.

Après tout, ça n’était que des histoires de pipi et de caca, ça ne pouvait pas être bien méchant.


C’est donc avec foi et détachement que je lui présentai ses culottes. Roses, évidemment, pour l’amadouer. Je lui vantai les mérites de cette nouvelle hygiène de vie, et elle sembla convaincue.

Pendant trois jours.

Trois jours parfaits où je me surpris à rêver à cette nouvelle vie qui s’offrait à nous : plus de séances de pleurs et de cris pour le change quatre fois par jour, plus d’horloge à surveiller en permanence pour éviter la fuite catastrophique, plus de sac à dos blindé pour la moindre sortie d’une journée, et peut être même l’ombre d’un vrai départ en vacances sans le stock de 50 couches se profilant à l’horizon.

La perspective d’un trajet en train sans visite au lugubre plan à langer SNCF sur lequel un nourrisson choperait la syphilis, c’était féerique.

Et puis d’un coup, tout s’arrêta. Définitivement.

« –  Mais chérie, pourquoi tu as fait pipi devant la gazinière/le piano/le frigidaire/mes dernières chaussures en cuir à allure décente ? Pourquoi tu ne me dis pas avant ?

–  Avant. ».


Après de longues journées humides à me raccrocher à l’espoir déçu, je me résignai à ressortir les couches. C’est à ce moment précis que je pus constater un bug chez le modèle d’enfant, pourtant parfaitement réussi en apparence, qui m’avait été livré : si aucune culotte ne restait sèche plus d’une demi-heure, en revanche une couche pouvait aisément tenir la journée puisqu’elle la baissait spontanément pour aller sur son pot.

A l’issue de trois revirements consécutifs, pendant lesquels ma fille s’obstinait à ne pisser que dans les culottes et à porter des couches sèches, je finis par me rendre à l’évidence : par profonde compassion, elle tentait de me guérir de ma trop grande tendance au jugement manichéen.

Ou alors elle se foutait de ma gueule.


S’en suivit un long périple, distillant dans l’atmosphère quotidienne une légère odeur d’ammoniaque très conviviale.

Il fallut rapidement établir quelques limites explicites, afin de prévenir l’infanticide :

Tout d’abord, s’il n’est pas formellement exclu de poser quelques secondes au-dessus du pot encore plein une poupée Corolle grand modèle afin de se livrer à une imitation ludico-pédagogique de l’acte, en revanche la circonférence du fessier d’un Playmobil ne peut en aucun cas lui permettre de s’y assoir sans dommages collatéraux relativement gerbants.

Par ailleurs, si faire pipi sur le gazon ça n’embête que les papillons, faire caca sur la terrasse c’est quand même drôlement dégueulasse.


Plus tard, animée d’une bonne volonté n’ayant d’égal que ma détresse, je décidais de l’emmener avec moi aux toilettes pour lui montrer que toutes les grandes filles faisaient pipi sur un pot, et que c’était très bien.

« –  Donc, t’es une très très grande fille, maman ?

– Oui mon amour.

–  Ah ok. Alors c’est pour ça que tu as de très très grandes fesses. ».


Heureusement, le bout du tunnel commence aujourd’hui à se profiler, là,  vraiment tout au bout, très loin, en y croyant très fort. En effet, elle peut à présent prévenir de son besoin, baisser les vêtements qui gênent, et s’accroupir dans l’herbe pour se soulager en toute autonomie.

C’est juste dommage qu’elle rentre ensuite en courant pour s’essuyer avec mon Télé Loisir.

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