Flux RSS

Archives de Catégorie: Vous avez dit bizarre?

Anthologie

Ma grand-mère sait trouver les mots pour rasséréner les âmes sensibles, meurtries et délicates, venues chercher du réconfort en sa demeure ;

«             – Oh là, c’est quoi tout ces boutons ? Là, sur ton front ?!

–          Heu ben… je sais pas je crois que c’est hormonal. Je pensais pas que ça se voyait tant que ça. J’ai essayé plein de trucs, rien ne marche…

–          Ah ben oui là de toutes façons y a qu’une solution : la frange ! »


Ma grand-mère est astucieuse, elle sait s’adapter à toutes les situations ;

«              – Heu, mamie, c’est normal que sur la photo de groupe de vos noces d’or, accrochée dans ton salon, papa porte une mini-jupe orange et affiche un splendide 90C?

–          Ah oui, en fait c’est parce que dessus il y avait l’ex-petite amie de ton cousin, donc je pouvais pas afficher ça, mais bon j’allais pas jeter ma photo, hein ? Alors j’ai découpé une tête de ton père et je l’ai collée là. Franchement, ça se voit pas, non ? ».


Ma grand-mère est de bon conseil ;

«             – Donc bon hein, tu comprends bien mamie que je m’imagine mal coucher avec lui juste pour avoir un téléphone portable en retour.

–          Oh oui c’est sur… bon, encore, y aurait un ordinateur  à la clef, je dis pas. »


Ma grand-mère est cultivée. Elle n’est pas la seule, d’ailleurs :

«             –  Depuis que j’ai appris que la tour de Pise n’était pas à Rome, j’ai vraiment moins envie d’y aller.

–          Oh, mais tout le monde sait bien qu’elle est à Venise, voyons ! »


Ma grand-mère a un vocabulaire très large. Souvent chez elle, on mange dans le jardin près de ses « roses crémières », et en entrée  elle nous propose du « Pokémon », spécialité mexicaine bien connue à base d’avocat et de citron. Elle n’aime pas trop Johnny Hollyday, ni Laura Fabian, mais n’a rien contre Britney Shmears et trouve Roland Gerra très drôle.


Lorsque l’on tire les rois, si j’ai le malheur de récolter une fève à effigie biblique, elle s’écrie avec une ferveur  innocente « oh, mais c’est la verge Marie ! Mais quelle belle verge ! Allez, maintenant, suce la verge avant de choisir ton roi ! », et je me sens très seule.


Mais ce que ma grand-mère déteste plus que tout, ce sont les sodomies ;

« –  Oh la la, tu as vu, ces sodomies qui ont encore fait des milliers de morts…

–          Heu… ah… non. Hein ?

–          Ben oui là, tu sais bien, tous ces asiatiques ! Un sodomie et bam, ils sont tous morts sur le coup. Je trouve ça horrible… y a rien que de pire que les sodomies quand on habite une île, je pense.

–          Heu oui certainement… mais… dis m’en plus…

–          Tu sais bien ! Le gros raz de marée là !

–          Un tsunami… donc. »


Ma grand-mère a toute sa tête. Parfois je me dis que si ce n’était pas le cas, au moins, elle aurait une excuse.

Publicités

Addicted

Publié le

En me remettant dernièrement à jouer aux Sims, j’ai été choquée de constater qu’ils donnaient systématiquement le biberon à leurs bébés Sims, sans même qu’aucune alternative ne soit proposée. Et l’allaitement, alors ? Non, les nibards de nos Simettes ne servent qu’à se pavaner floutés dans les jacuzzis alentours et à rentrer plus facilement en night club. Pour un jeu aussi vendu, moi j’appelle ça de la politique de l’autruche délibérée, de la désinformation massive, du foutage de gueule en règle. Ca m’a drôlement énervée, j’en bouillais dans ma nuisette en dentelle (non, je déconne, en bonne célibataire qui se respecte je ne suis pas assez masochiste pour dormir volontairement dans un truc qui gratte).

Et quelle perte de jouabilité ! Choisir ou non l’allaitement se serait parfaitement inscrit dans la ligne de pensée déterministe si chère à Will Wright : les enfants allaités auraient pu être moins souvent malade, les enfants au biberon auraient couté plus cher à leur famille… Mais non ! Rien. Quel gâchis.

 Un peu de plus et j’en aurais envoyé  un courrier furibond à EA game pour leur dire ma façon de penser.

Hier, je me suis surprise a conseiller à ma sœur de dormir avec sa petite Kimber de 4 mois et demi, pour la rassurer. Et aussi pour éviter qu’elle-même se lève toutes les 2 heures pour vérifier que la petite va bien, qu’elle ne pleure pas trop, seule dans une autre pièce. Je lui ai expliqué que ce rapprochement les apaiserait toutes les deux.

Kimber, son yorkshire.

Le week end dernier, profitant des trois rayons de soleil orphelins dont la nature avait daigné faire offrande à mon jardin, nous avons cherché des escargots dans le buisson. Après avoir trouvé la maman et son petit (ou un gros escargot et un escargot nain, à vrai dire on a pas demandé leur livret de famille), nous les avons longuement observés et mis en scène sur la table en verre (faut bien occuper les gosses quand on a perdu la pâte à modeler). Soudain, j’ai eu envie de tester la fonction macro de mon super appareil photo numérique datant de 2004, et tout naturellement, j’ai posé le petit sur la mère pour faire une chouette photo « portage » :




Samedi, j’ai lancé une lessive « délicat » pour mes sous-vêtements. Dans laquelle j’ai machinalement ajouté une dose de désinfectant spécial couches lavables.

La prochaine fois je pisserai dedans, au moins ça rentabilisera le bactéricide.

 

Bonjour, je m’appelle Needfordreams, et je suis accro au maternage proximal.

A bas le progrès

            Internet, c’est merveilleux. On peut tout y trouver : du vrai comme du faux, des expériences vécues comme des affirmations arbitraires, de l’entraide et de la mauvaise foi, de l’info et de l’intox. Un vrai espace d’échange, des possibilités infinies. Je me demande souvent ce que serait ma vie sans ce génial outil quotidien.

            Malgré tout, j’en suis un peu déçue. Je pense souvent avec nostalgie à l’Internet de mon adolescence, certes alourdi par son modem 56k et les grands principes parentaux, suspecté et même parfois diabolisé par les médias, mais surtout temple suprême de l’Anonymat.

            Pour l’enfant particulièrement introvertie que j’étais, le jour où mes parents ont équipé la maison d’un appareil qui me permettrait d’entrer en communication avec n’importe qui dans le monde sans avoir à montrer ma trogne a changé ma vie. Je riais doucement en entendant leurs mises en garde sur les risques de décliner sa véritable identité sur le net : comme si j’en avais l’intention ! Je ne comptais pas gâcher si bêtement cette toute nouvelle liberté qui s’offrait à moi.

            Après 18h, la collégienne boutonneuse s’ajoutait 15 ans de plus sur le chat Infonie, et discutait politique et philosophie en se sentant enfin prise au sérieux.

            Après 22h, la lycéenne pucelle devenait jeune femme expérimentée écoutant les récits sexuels de parfaits inconnus, dépravés au demeurant, mais néanmoins éducatifs.

            Après 1h du matin, l’étudiante studieuse mais fauchée se faisait escort girl sur Second Life pour quelques euros salutaires.

            Après 3 vodkas, la dépressive s’inventait une nouvelle identité et pistait virtuellement son ex trois ans après la séparation, jusqu’à le faire retomber dans ses filets sous couvert d’un faux nom.

            Après 2 ruptures successives, la pauvre fille ouvrait un blog honteux de jérémiades édulcorées.

            Après une relation décevante, la frustrée approfondissait une relation plutôt étrange avec un mexicain entreprenant, par cam interposée.

            Une jeunesse dorée… jusqu’à ce que le pistage d’un IP se démocratise. Je n’en avais pas conscience jusqu’à il y a peu, mais il semblerait que quelques connaissances en informatique suffisent pour remonter à la source et localiser son interlocuteur. Fini le temps insouciant de l’anonymat, à présent c’est sur le net comme dans la vie, tout ce que tu diras pourra être retourné contre toi. Plus d’anonymat, de mystification, de suspens, de laisser aller, de carpe diem. Ou de façon très mesurée.

            La mort dans l’âme, je m’abstiendrai donc de commenter sous un faux nom les blogs des personnes avec qui j’ai eu des différents, jour après jour jusqu’à le leur pourrir, de leur faire de la mauvaise pub sur les réseaux sociaux jusqu’à transformer leur espace virtuel en poubelle ambulante qu’ils finiront par détester et fermer, et d’utiliser dans le même temps leurs pseudos pour signer des commentaires abjects un peu partout autour d’elles. Elles pourraient remonter jusqu’à moi et me rendre la pareille.

            Je renoncerai à ouvrir un faux facebook en utilisant le nom d’un prétendant pour tenter d’épier sa vie privée avant d’aller plus loin. Il pourrait me coller un procès pour usurpation d’identité.

            A regret, j’oublierai l’idée de diffuser des photos compromettantes de la petite amie de ma sœur, malgré toute la haine qu’elle m’inspire. Elle pourrait m’attaquer en justice.

            A mon corps défendant, je ne m’inventerai pas une identité pour me rapprocher de mon ex, dans le but de l’amadouer, puis de le ramener à moi, et d’enfin l’attirer dans une chambre d’hôtel ou je profiterai d’un moment de lâcher prise de sa part pour  lui cisailler les valseuses à la manière de Rosario Tijeras. Il pourrait ne pas me laisser la chance d’aller jusqu’au bout de mon plan en me démasquant trop tôt.

            Mon vieil Internet me manque cruellement. Malgré tout, je comprend que cela puisse être positif, cette possibilité de lever l’anonymat lorsque nécessaire. C’est important. Car, soyons réalistes, d’autres pourraient avoir de vraies envies malsaines et nuisibles. Pas comme moi, quoi.

%d blogueurs aiment cette page :