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Archives de Tag: désinformation

10 phrases d’allaitante politiquement incorrectes

Un dîner en présence d’autres parents, un forum de mamans, de simples connaissances venues vous rendre visite à la maternité. Autant de raisons d’être susceptible d’aborder le délicat sujet qu’est l’allaitement maternel avec des personnes qu’on ne connait pas plus que ça. Un code scrupuleux s’impose donc. 


1-      « Le lait maternel est le plus adapté à l’enfant, sans comparaison possible avec des préparations artificielles »

La base de l’allaitement, en quelque sorte. La toute première raison qui vient à l’esprit de la future maman documentée. L’information que l’on voudrait croire universelle, et qui pourtant ne l’est pas.

En prononçant cette phrase, on s’expose aux regards furibonds des mères ayant recours au biberon, généralement suivis de l’exposé détaillé des raisons qui ont motivé leur choix. Alors que l’on souhaitait uniquement faire un rappel d’utilité publique, apporter une note scientifique à la conversation, on déchaîne contre nous les culpabilités enragées ou pire encore, des réactions de déni pures (« Ouais mais non, on donne aussi énormément de toxines à son enfant, c’est pas hygiénique je suis désolée. Et puis on peut pas calculer ce qu’il boit, c’est pas bien du tout pour sa croissance »).

En société, il conviendra de dire plutôt : « Évidemment le lait maternel c’est très bien pour l’enfant, mais en définitive tout est question de choix personnel de la maman ».


2-      « L’allaitement est recommandé jusqu’à au moins 2 ans ».

Encore une donnée scientifique, une recommandation de l’OMS. Cette fois, nous avons alors droit à la liste des raisons qui ont motivé le choix des mamans en présence lorsqu’elle ont entrepris de sevrer leur enfant. L’information ne passe pas réellement, notre interlocutrice se sent uniquement jugée dans son rôle de maman : admettre que ce que nous énonçons est une donnée scientifique et non notre avis subjectif lui semble être admettre un échec. Elle nourrit alors de la rancœur, et préfère nous regarder comme étant nous même un parent « trop fusionnel », limite incestueux, d’ailleurs.

En société, il convient de dire plutôt : « Tu prends quel lait de croissance, toi ? » 


3-      « L’allaitement, c’est à la demande ».

Phrase qui ouvre la porte à toute sortes d’anecdotes sur l’aliénation de la femme, le besoin d’indépendance des bébés de 3 mois et les caprices machiavéliques des enfants de 15 jours.

En société, il convient de dire plutôt : « On m’a conseillé de lui donner toutes les 3 heures au début ». 


4-      « Pourquoi tu veux le sevrer ? »

Interrogation toute bête, preuve d’un intérêt sincère pour la personne en face de nous lorsqu’elle évoque ses difficultés à passer son fils de 6 mois au biberon. Pour certaines, vous deviendrez alors la rigolote qui pose des questions aberrantes, puisqu’il « faut bien le faire un jour hein, sinon il tétera toute sa vie ! ». Pour d’autres vous vous retrouverez alors instantanément cataloguée dans la catégorie « Membre de la dangereuse secte des mamunistes et autres droguées aux huiles essentielles qui aiment laver du caca ».

En société, il convient de dire plutôt : « Peut-être que ton lait de suite ne lui convient pas, as-tu pensé à l’épaissir un peu ? » 


5-      « Le sevrage naturel, ce n’est généralement qu’à partir de 2 ans »

A ce stade de la conversation, il y a fort à parier qu’on aura perdu en route une bonne partie de nos interlocuteurs ; lancer l’expression « sevrage naturel » devant un groupe de parents lambda provoque souvent les mêmes expressions faciales que le mot « équation»  devant une classe de terminale L.

Cependant, certains initiés ne manqueront pas de vous reprendre en vous contant l’histoire véridique de leur ami dont l’enfant s’est sevré naturellement à 6 mois et demi, et non cela n’avait absolument rien à voir avec l’introduction des biberons en complément à la même période évidemment. Un véritable choix de l’enfant, vous dit-on.

En société, il convient de dire plutôt : « C’est dingue comme certains bébés peuvent être précoces ». 


6-      « L’allaitement est le prolongement de la grossesse »

Alors que nous évoquons ici une réalité physiologique, les sensibilités peuvent à nouveau se trouver meurtries. Pour d’obscures raisons, il semblerait que ce message se brouille invariablement entre le moment où il sort de notre bouche et celui où il parvient aux oreilles des interlocutrices, pour devenir en chemin « Alors t’as avorté, pouffiasse ? ».

En société, il convient de dire plutôt : « Allaiter c’est très bien, mais c’est tout aussi facile de consolider le lien mère-enfant en donnant un biberon ! » 


7-      « Le manque de lait est, dans la quasi-totalité des cas, inexistant ; le problème n’est qu’un manque cruel d’information »

Il y a fort à parier qu’à ce stade de la conversation, vous soyez définitivement cataloguée comme la chieuse de service, et que vous vous exposiez à nouveau à de fabuleux récits de comment la cousine de la voisine du boulanger a VRAIMENT manqué de lait au bout de 3 semaines et a dû arrêter de donner le sein à contre cœur. S’acharner à prononcer les mots « pics de croissance » reste à vos risques et périls.

En société, il convient de dire plutôt : « Oui j’ai encore du lait, j’ai de la chance ! ». 


8-      « L’allaitement renforce le système immunitaire de l’enfant »

Le signal strident « on me traite de mauvaise mère » risque fort de retentir à nouveau aux oreilles des convives utilisatrices de biberons, qui s’efforceront alors de vous démontrer combien leur enfant est en pleine forme, tout le temps, d’ailleurs il n’est jamais allé voir un médecin si tu veux savoir.

En société, il convient de dire plutôt : « L’allaitement, ça a l’air de convenir à mon bébé». 


9-      « L’allaitement maternel est un facteur de protection contre le cancer du sein »

Le risque encouru est ici de voir l’assemblée pousser les hauts cris, à grand renfort de mention de toutes ces femmes qu’ils connaissent (ou pas) qui ont allaité et qui ont eu malgré tout un cancer du sein. Il sera alors inutile d’évoquer à votre tour toutes ces personnes qui n’ont pas fumé et ont eu un cancer, qui n’ont pas bu et ont eu une maladie du foie, et qui ont fait du sport et mangé sainement et ont été victimes d’une attaque cardiaque, tant la nuance entre « facteur de protection » et « bouclier intersidéral » présente une malheureuse tendance à échapper à l’auditoire.

En société, il convient de dire plutôt : « L’allaitement, ça peut être très épanouissant, mais évidemment chaque femme est différente». 


10-   « L’allaitement améliore le développement cognitif de l’enfant »

Moment tant redouté où les convives vous enchainent au bûcher et hurlent autour de vous en brandissant des fourches. Ou, pour les plus civilisés, vous crient dessus que « Vas y t’as qu’à traiter mon fils de con ! ». Terrain très sensible, donc.

En société, il convient plutôt de fermer sa gueule. 


Ou pas. On peut aussi essayer de diffuser les informations qu’on a été heureuses de trouver lorsque l’on en a eu besoin, affirmer ce qu’on pense et laisser les personnes en face se débattre seules avec leur conscience si besoin.  On peut aussi arrêter de se voiler la face, arrêter de leur voiler la face. Arrêter de ménager les susceptibilités et de contribuer malgré nous à la désinformation croissante et à l’illusion du choix.

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